Garé à l’emplacement contigu à celui réservé aux handicapés, inaccessible une nouvelle fois, je marchai d’un pas résolu vers l’imposant manoir, bille en tête et mains dans les poches, chemise élastique calée sous le bras. Une femme d’un âge indéterminé, aux traits flous et aux couleurs changeantes, me sourit avec lassitude.
- Bonjour Monsieur, puis-je vous aider ?
- Oui, je viens me renseigner pour les emplacements handicapés : ils sont protégés par des des barrières et je ne peux donc pas me garer.
- Oui. La personne qui peut répondre à vos interrogations est au deuxième étage, dans le bureau 4F, section « Invalidités ». Vous prenez cette porte sur votre droite, premier couloir à droite, vous prenez l’escalier en face de vous et c’est au deuxième. Après ce sera fléché.
Elle avait joint le geste à la parole pour m’indiquer la direction.
- Vous n’avez pas d’ascenseur, pour aller à cette section « Invalidités » ?
- Non.
- …
- Tiens c’est vrai non, reprit-elle avec un sourire gêné en comprenant soudain la situation absurde.
Soit. Je pris la porte sur la droite, le premier couloir à droite, l’escalier en face de moi et montai au deuxième. Je suivis la flèche « Invalidités », parcourus un étroit corridor. Une des portes arborait la mention « 4F ». Je toquai et entrai sur l’invitation d’une voix sibilante.
La salle était aussi vaste que chaotique. Derrière le rideau de fumée, je distinguai à peine la personne, assise derrière un bureau dont l’état de dérangement dépasse tous les cauchemars des mères soigneuses voulant inculquer à leurs bambins turbulents un semblant d’ordre. Des montagnes de dossiers vautrés sur des classeurs ouverts sur des photocopies ornementées de post-it. L’odeur du tabac froid me fit tousser violemment. D’un pas lent et traînant, elle alla ouvrir la fenêtre. Peu à peu, l’air redevint vaguement respirable. Je m’assis, déjà affaibli pour la confrontation.
- Que puis-je faire pour vous Monsieur ?
- Je viens me renseigner à propos des places handicapées.
Elle fronça les sourcils.
- Oui ?
- Et bien voilà, il y a des entraves qui m’empêchent de m’y garer.
Son visage s’illumina.
- Ah ! Oui, c’est normal. En fait ces entraves sont conçues pour que les personnes non-handicapées ne puissent pas se garer !
- Oui, d’accord. Mais moi je suis handicapé.
- Ah ?
Son visage se crispa en une moue d’étonnement joyeuse.
- Oui. Et je voudrais me garer à ces emplacements.
- …
Son visage restait crispé en cette moue d’étonnement joyeux. Elle se ressaisit.
- Est-ce que vous auriez le Macaron GIC ?
- Oui, répondis-je en claquant les élastiques de ma chemise. De sortir le macaron et de lui tendre. Elle l’observa, la mine suspicieuse.
- Vous auriez également la carte d’invalidité ? Question accompagnée d’un sourire charmeur, d’un œil malicieux, on ne me la fait pas jeune-homme.
- Oui, répondis-je en claquant les élastiques de ma chemise. De sortir la carte d’invalidité et de lui tendre. Elle l’observa, la mine anxieuse. Releva la tête et me regarda, sourcils arqués en une mine étonnée.
- Est-ce que vous pourriez m’attendre ici ? Je vais en parler au responsable.
- Je vous attends ici.