Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 décembre 2005 7 25 /12 /décembre /2005 00:00
Ce site fête sa première bougie. L'article Novecento - partie 2 constitue le 52ème message posté sur ce blog permettant de me libérer de l'engagement que j'avais pris (envers moi-même), qui sonnait comme un pari ou un défi : savoir si je pouvais une année durant écrire toutes les semaines. Cela fut parfois acrobatique, en particulier lors de vacances qui furent il me semble transparentes pour les lecteurs. Je suis d'ailleurs actuellement aux Caraïbes, l'enregistrement de ce message et sa date de publication ont été effectués le 22 décembre. D'après la météo en ce jeudi, nous sommes dimanche et je suis sous des trombes d'eau.

J'avoue, j'ai triché : quelques récits dataient d'une période antérieure, je m'en suis servi pour combler des problèmes d'inspiration intermittents. Ainsi, j'ai presque entièrement utilisé et dilué le manuscrit de nouvelles que j'avais envoyé à des maisons d'édition en ce début d'année. Je partais à l'assaut de cette forteresse avec l'enthousiasme d'un chevalier fraîchement auto adoubé. Aucun pont-levis ne s'est abaissé devant ce petit écuyer et mon siège s'est essoufflé.
Qu'est-ce que je cherchais en effectuant cette démarche ? Ce que j'écris ici est un écho de la discussion engagée à la suite de Panne  avec Grégory, Sok et Christian doutant de l'intérêt des statistiques de lecture du site d'une part, et d'une publication au regard des politiques éditoriales d'autre part. J'y aurais trouvé la reconnaissance du monde professionnel qui demeure à mes yeux la seule vraie reconnaissance, la satisfaction purement égocentrique d'avoir son nom imprimé sur la couverture de ce qui est pour moi l'objet sacré, un livre ; j'aurais pour le temps d'un volume fait parti du cercle illuminé des Auteurs. J'aurais étanché ma vanité.
Il me semble que la démarche d'écriture naît du désir, égocentrique toujours, d'être lu et apprécié par le plus grand nombre ; je ne parle pas de faire des compromissions à seule fin d'être lu, mais d'avoir la satisfaction de savoir que l'extériorisation brute ou raffinée de ses idées et de ses émotions plaît, que la communication s'établit et qu'un lectorat se retrouve en soi. Une maison d'édition cherche le plus souvent à maximiser le nombre d'ouvrages vendus tandis qu'un auteur assoiffé (à différents degrés) de reconnaissance cherche à rencontrer un public large. Ces deux intérêts reflètent le même but perçu sous des angles différents, il y a véritable convergence d'objectifs, sous la réserve qu'une maison cherchera un auteur endurant prouvant dès son premier écrit la capacité à développer une véritable carrière jalonnée de livres. Chez les grands éditeurs en tout cas, il n'y a pas de place pour les écrivains du dimanche, ce que je reste dans tous les sens du terme ; ce pourquoi, et cela a constitué un des motifs de refus, les recueils de nouvelles sont souvent mal accueillis en première œuvre, quand elles sont accueillies tout court : le genre semble mort en France, ou plus exactement pas né.

Aujourd'hui, alors que des mois ont passé, je comprends parfaitement ces refus et, à l'instar d'un journal intime rédigé à l'adolescence que l'on redécouvre des années plus tard, je rougis en relisant le recueil que j'ai posté. Le premier mot qui vient à mon esprit est immaturité. Le deuxième aussi d'ailleurs. Cet échec a constitué une nouvelle leçon d'humilité qui ne m'a en rien démotivé. J'ai continué en tentant d'explorer différents tons, différentes formes, différents thèmes. De chroniques assez brèves, les messages ont peu à peu évolué pour atteindre la taille de nouvelles parfois découpées dans un soucis de lisibilité. L'abandon d'activités annexes comme le théâtre me permet me consacrer beaucoup plus à l'écriture depuis la rentrée. L'exercice que constitue ce site m'a depuis - il me semble mais suis-je à même de juger ? - permis d'en gagner un peu, de la maturité, qui correspond à un investissement plus personnel dans les textes : le lâcher prise. Le virage a été pris cet été, après Panne justement, avec la mise en ligne de Elle, Mort dans l'âme, Naissance, Réalité et plus récemment Une version de la vie. J'ai encore aujourd'hui du mal à me remettre de cette dernière nouvelle, j'y ai investi beaucoup de temps, d'énergie sans parler de l'apport personnel. Je l'ai rédigée en lisant La possibilité d'une île de Michel Houllebecq, chef d'œuvre dont la noirceur m'a profondément affecté. J'ai redécouvert dans cet ouvrage le pouvoir absolu de la structure sujet-verbe-complément sans fioriture, qui permet de véhiculer la plus plupart des idées avec un impact redoutable. S'investir à fond a marqué la vraie différence : Une version de la vie est l'article pour lequel j'ai eu le plus de retours directs par e-mail de la part de différentes personnes habituellement silencieuses.

Les statistiques de mon site ont drastiquement évoluées depuis la rédaction de Panne et sans faire davantage de promotion : en moyenne 300 lecteurs par semaine (le maximum ayant culminé à 376), entre 100 et 200 pages visitées chaque jour. Mon blog rank oscille entre 50 et 55. Je ne peux dégager la part de visiteurs occasionnels ayant atterri sur mon site par hasard des amis intéressés. Le moteur de statistique indique les mots-clefs utilisés sous Google ayant conduit à mon site. Ceux-ci sont divers et variés : Affreux Jojo, infiltration dans la hanche, Joël Colado, visage femme affreux, fantasme de l'infirmière, Ipaq hx2410, Swatch irony, Bite à jojo, Kundera plaisanterie, syndrome de l'imposteur, femmes affreuses chatouilleuses, Grégory Olocco, récit de femmes soumises ou esclaves (Oui, je savais ce que je faisais en publiant Nouvelle sous Champignon ! Et j'aggrave ici mon cas...), sonde colorimétrique, guêpe pepsi... A chaque semaine sa moisson de mots clefs hétéroclites et bariolés. Le hasard fait parfois bien les choses, ce site m'a permis de rencontrer des personnes à présent proches, ou de redécouvrir des personnes que je connaissais peu. Ces rencontres justifient pleinement mon action d'écriture.

Ecrire demeure ma passion première devant la photographie : c'est la seule activité où je me sente réellement à ma place comme dans un bon bain, où je n'ai aucune limite si ce n'est celle de mon imagination. Je peux façonner le monde à ma guise. Dans le film Matrix, Néo transite par un monde entièrement blanc avant de pénétrer dans le réseau informatique : n'est-ce pas une parabole de la page blanche ? J'ai dans la photographie des idées mais je bute souvent sur la technicité ou la difficulté matérielle de mise en œuvre, souvent très onéreuse. L'écriture est à l'inverse très dépouillée, requiert peu de moyens pour une liberté largement supérieure, et un plus grand défoulement intérieur. Le travail pour ce site me demande énormément de temps et de disponibilité. La croissance de la fréquentation et les retours que j'obtiens sont très satisfaisants, mais il est aujourd'hui impensable d'envisager un projet de plus grande envergure en continuant ainsi. D'où mon hésitation à persévérer, bien que d'un autre côté, je n'ai actuellement ni la force d'âme ni la véritable volonté de laisser tomber : j'ai aujourd'hui 30 ans et peut-être serait-il temps que j'accepte de me satisfaire d'un état de lieu au présent.

Sur ces tergiversations introspectives assez narcissiques, je vous souhaite un joyeux Noël et vous dis  à bientôt...
peut-être...

L'Affreux Jojo

Partager cet article

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Chronique
commenter cet article

commentaires

Grégory 28/01/2006 19:54

Oui... Il faut continuer à produire. Et donc à être lu. Tant que le format "nouvelle" a ta préférence, ce blog me semble l'endroit idéal...Aussi bien il est peut-être temps de passer le pas du roman et de te servir de ce blog en défouloir de tes pensées du jour ?

LChe 19/01/2006 00:38

Touchant mais pas coulé, per favore.La blogosphère m'apparaît souvent comme la révolte des lecteurs.Ou mieux : la révolution des écrivains ?Ecrire est au aussi une question de rythme.Bonne continuation, l'Affreux-Jojo.@micalement,

S. 07/01/2006 02:15

...Il eut donc fallu s'arrêter avant ce texte. Il est donc trop tard pour arrêter.

L'Affreux Jojo 03/01/2006 16:50

Précisément. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux s'arrêter quand on est encore apprécié ?

JM le tard 03/01/2006 16:47

Elodie a totalement raison... si tu abandonnes je declencherai le plan hors textes afin , que l'ensemble des forces terrestre et maritime te retrouve ... Maintenant que nous sommes accro de tes nouvelles...tu n'as pas honte !   

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli