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24 janvier 2005 1 24 /01 /janvier /2005 00:00
J'étudie le sujet ici, à Marrakech, et j'en suis venu à la conclusion suivante : pour faire une bonne photo de rue, il faut une rue sale nimbée d'une lumière écrasante ou, à l'inverse, blafarde ; une personne âgée, homme ou femme, aux traits fripés par la misère et la peau burinée par l'adversité ; en effet :

 
1 - Quel que soit le piqué de l'objectif, les rides ressortent mieux que les peaux lisses de jeunes gens heureux ; je préconise, si vous êtes adeptes de la marque Canon, le 85 mm 1.8 qui offre un excellent rapport qualité prix, restituant à merveille les visages détrempés de tristesse ;
 

2 - L'aspect précaire saisit en première lecture le spectateur qui criera beaucoup plus facilement au génie ; en d'autres termes, la misère est très photogénique ;
 

3 - Peu susceptibles d'avoir Internet, les personnes âgées ne connaîtront pas l'usage de vos photos et ne seront pas tentées d'engager de quelconques poursuites ; d'autant plus à l'étranger où le droit à l'image est, je suppose, précaire, s'il existe ; à Marrakech, il se monnaie très bien quelques dirhams (centimes), jetés par poignées avec une condescendance infâme.
 

4 - En cas de vive désapprobation du gueux, le photographe insolent aura largement le temps de déclencher quelques rafales en riant, puis, à bonnes foulées, de s'éloigner prestement. Le misérable, s'il tentait de suivre, s'emmêlerait bien vite les pinceaux dans ses haillons fétides pour s'étaler faiblement de tout son long (prêtant ainsi l'occasion d'autres clichés croustillants dans une hilarité renouvelée. Ici un stabilisateur optique peut être utile pour compenser les hoquets).
 

Marrakech regorge de croulants, qui, le regard vague perdu dans leur inutilité, croupissent dans des rues sales faiblement éclairées.
Marrakech est donc LA ville de la photographie, entre autres villes pauvres, où le photographe pourra bondir au hasard, déclenchant à qui mieux mieux, joyeux, sans même prendre temps d'ajuster ses tirs ; il est quasi assuré d'obtenir des clichés merveilleux.

 
Parfois, je suis moi-même estomaqué par mon propre cynisme.

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Published by Joël Bloch - dans Humeur
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Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli