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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 18:17
- L'hôtel est encore loin ?
- C'est au bout de la rue là-bas
- Là-bas ?!
- Oui, d'après le plan c'est dans cette rue là.
- ...
- ...
- ...
- ...
- Et maintenant ?
- Merde, je me suis trompé. C'est bien cette rue là mais c'est beaucoup plus bas. En fait on a fait une station de métro de trop.
- Je te hais.


- Il y a marqué quoi là ? Cobetzkar ?
- Sovetzkaya. Le "C" est un "S", le "B" est un "V", et le "R" inversé est un "ia". Et le "P" est un "R", le "H" est un "N", et "U" est un "I", le "Y" est un "Ou". Et ça, c'est pour les majuscules. En minuscules, le "g" est un "d", le "m" est un "t", le "n" est un "p", le...
- Oui bon bah c'est là.


- Il est 8h30.
- Grumpf.
- Va prendre ta douche feignasse.


- Non mais tu as vu toutes ces femmes ?!
- Oui !
- Incoming missile !
- Quoi ?
- C'était un jeu sur une console portable. L'Atari Jaguar. Tu étais dans un avion, et à chaque fois qu'on te tirait dessus, il y avait une alerte "Incoming missile !". Là j'ai le radar qui sature.


- J'ai faim.
- Tu es un ventre. Tu es un petit être contrefait seulement réduit à ses fonctions vitales.


- Incoming missile !


- Je vais te dire, c'est ici le meilleur endroit, on n'a pas besoin de musée. Et si on restait et qu'on essayait d'engager la conversation avec des nanas ?
- Non, on part visiter des musées. Le but est de se faire plaisir, pas de faire plaisir aux femmes russes.


- Il faut que tu retiennes ça : "Ia nié gavariou pa rousky." Cela signifie "Je ne parle pas russe."
- Ia nié gavariou pas rouchy.
- Rousky. S. Pas ch.
- Ia nié gavariou pas rouchy.
- Roussssky !
- De toute façon ils vont vite s'en rendre compte.


- Oula !
- C'est la troisième fois qu'elle passe elle. Tu crois que c'est une pute ?
- Je ne sais pas. Peut-être.
- ...
- ...
- Elle aussi.
- Il n'y aurait que des putes ici ?


- Il faut que tu retiennes ça : "ti otchen krazivaillia. Ia loubliou tibia."
- Ca veut dire quoi ?
- "Tu es très belle. Je t'aime."
- Ah. Et comment tu dis : "J'ai envie de te ravager sur le bar" ?


- Bon, faut quand même avouer que c'est une belle ville.
- Oui.
- Ca vaut pas Venise mais c'est une belle ville.
- Oui.
- Quelqu'un m'a dit que c'était plus beau que Paris ! Je reste définitif : Paris est la plus belle ville du monde.
- On est d'accord.
- On est d'accord.
- Bizarre.


- Incoming missile !


- C'est incroyable la profondeur de ce métro. On reste trois quatre minutes sur l'escalator à pic.
- Plutôt une minute à une minute trente.
- Non, au moins deux minutes.
- Plutôt une minute à une minute trente.


- Merde. Il n'y a pas d'autre oreiller.
- Pourquoi ?
- Pour mettre entre mes jambes. Je ne peux pas m'endormir sans la sensation d'avoir un corps de femme coincée entre mes jambes.


- Tu ronfles.
- Non. Je ne suis pas responsable de tes hallucinations auditives au cœur de la nuit.
- Si tu ronfles.
- Non.
- Si.
- Non.
- T'es vraiment trop con.


- On prend un taxi ?
- Cela coûte plus cher.
- On s'en fout.
- Non. Un rouble est un rouble, et je n'ai pas l'argent de ta race.


- Elle aussi en jaune elle est bien.
- Dis-toi bien que toutes les créatures lubriques brûleront en enfer. Tu vaux mieux que ça.


- J'ai chronométré. Une minute trente.
- ...
- Tu avais raison.
- ...


- A droite, juste après cette rue on devrait voir les arbres.
- ...
- ...
- ...
- Ils sont où tes arbres ?
- Je ne comprends pas. Je ne comprends pas où on est sur ce plan.
- Tu ne comprends pas grand chose, et cela ne date pas d'aujourd'hui.


- Alors elle si tu lui fais une balayette tu tranches ses jambes en deux.
- Et si tu lui fais un ciseau à la taille tu la coupes carrément en deux.


- Pajalousta ia bi rotil idit Petergov.
- ...
- ...
- Qu'est-ce que tu lui as demandé ?
- Que je voulais aller à Petergof. Histoire de voir si on était dans la bonne queue.
- Je crois que c'est interdit par le parti de te répondre. Voire de te regarder.


- A gauche, là. Elle est magnifique.
- Oui elle est magnifique. Mais je n'aime pas les ruminants.


- Tzschsiot Pajoulousta.
- Kak ?
- Laisse. Chiotte pajalousta.
- ...
- ...
- Elle est partie nous chercher l'addition. Comme quoi en trois jours je parle mieux que toi.


- Elle. Elle est bien habillée. J'aime bien.
- Oui. Mais elle a une salle gueule et se déhanche comme une pute.


- Je ne comprends pas que l'on s'habille comme ça.
- On a le droit de s'habiller relativement comme on veut.
- Certes, mais ce n'est pas parce qu'on a des problèmes de poids qu'il faut les infliger aux autres.
- Tu es sérieux ?


- J'ai chronométré. Celui là cela fait deux minutes.
- ...
- J'avais donc raison.
- Cela arrive tellement rarement que je peux te le concéder.


- Goûte.
- C'est dégueulasse. C'est quoi ?
- Un milkshake vanille. Félicitations. Force est de constater que tes cinq ans de russe ne servent à rien. T'es même pas foutu de commander un Coca dans un Mac Do.


- Incoming missile !
- Où ça.
- La fille, là. Elle est très très belle. En plus elle sourit tout le temps.
- Je ne vois pas. Elle ? La brune, là ?
- Bah oui, elle.
- ...
- Tu ne trouves pas ?
- Elle est juste moche. Elle est anguleuse, elle a les yeux de Stallone au 14ème round dans Rocky IV et son sourire est une déchirure acérée dans du métal.
- Tu es désespérant.


- Je préfère Moscou. Ici au moins cela fait vraie ville, cela a plus de charme. Il y a des gens, des commerces, la vie.
- A part les façades immeubles, c'est quand même pas terrible, et cela ne fait pas une belle ville. Paris ne se réduit pas à des immeubles Haussmanniens. Je préfère Saint Pétersbourg.
- Je préfère Moscou.


- Alors elle, elle, elle ferait peur à des enfants.
- En fait tu es vraiment méchant.
- Non ! Regarde-la : c'est de la riposte graduée !


- C'est la principale église catholique dans ce monde orthodoxe.
- Si tu le dis.
- Entrons. Cela me fera une bouffée d'air pur dans cette atmosphère viciée.


- L'Asiatique, elle est terrible.
- Mais regarde-la ! Heureusement que le photographe l'a prise sinon elle nous faisait un striptease. Et elle danse n'importe comment. Il y aurait des enceintes qu'elle serait en train de sauter dessus. Par contre la brune là...
- Elle ?
- Oula oui.
- Je te la laisse.
- Tu ne la trouves pas belle.
- Non.
- Tu es désespérant.
- Et la blonde là. Avec le châle sur les épaules.
- Avec vingt kilos de moins.
- Tu es désespérant.


- Elle a des yeux magnifiques.
- Oui. Mais tu as vu ses faux ongles ?
- Non.
- Tu t'endors avec elle, si elle se retourne tu te réveilles éborgné !


- Elle me fascine. Je pourrais rester des heures à la regarder sans me lasser, comme on regarde un feu de cheminée.
- Achète une cheminée.


- Bon bah c'était sympa.
- Non. J'espère ne plus jamais te revoir et je trouve que tu es un gros connard.
- Moi non plus, je disais cela par politesse. Connard.

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Published by Joël Bloch - dans Chronique
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Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli