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21 mai 2005 6 21 /05 /mai /2005 23:00

Manille en tant que telle n'a absolument aucun intérêt. C’est une ville composée de quartiers pauvres donc sales et malfamés, ou américanisés au dernier degré : les KFC, Pizza Hut et Mc Donald s'alignent dans des malls bondés parce que climatisés.

En pleine journée, l'air est visqueux, le quidam ne marche pas, il nage dans une mélasse gluante et nauséabonde chargée d'effluves écœurants de pollution, de pisse et de transpiration. Chaque parcelle de tissu agresse la peau et le jean roidi de sueur à moitié séchée refuse de coulisser quand on s'assied. Le Soleil, vertical à toute heure, traverse le ciel comme une boule de feu tiré à gros canon, procurant des longues périodes de chaleur pour des levers et couchers quasi-instantanés : à 18h30 la lueur du jour s’est entièrement dissipée. Nuit d’encre. On se déshydrate donc sans effort particulier : une pellicule marécageuse de transpiration se renouvelle constamment sur nos peaux cramées. L’occupation idéale en journée consiste donc à bouquiner assis parterre au rayon yaourt du super-marché d’à-côté. J’ai un jour décidé de rentrer du travail sans taxi pour parcourir huit cents mètres à pied ; c’est liquide et le visage flou que je parvins, tel une flaque rampante, sur le parvis de l’hôtel devant des mines dégoûtées.

Les tarifs sont en pesos extrêmement élevés : le Coca-Cola coûte souvent 50 pesos, le massage shiatsu plus sauna dans les 750 pesos, une coupe de cheveux 130 pesos et le moindre plat au restaurant ne coûtera pas moins de 130 pesos. Dès que l’on pose ses fesses échaudées par la chaleur du pays et sa population, le compteur du taxi affiche 30 pesos pour atteindre, en bout de course, des sommes astronomiques avoisinant les 100 pesos.

Le Philippin, de toute taille et de tout poids, reste néanmoins et en moyenne de taille inférieure à l’Européen, sans parler de l’Américain. Le Philippin marche lentement, les bras ballants, prend l’ascenseur pour monter ou descendre un étage quitte, dans une tour en comptant quarante-deux, à attendre longuement. Le Philippin mange à peu près toutes les trois heures, des plats à base de riz, de viande sucrée et de pâtisseries grasses. Le Philippin conduit lentement dans de larges avenues rectilignes, klaxonne souvent. Il lui suffit d’une poignée de voitures pour provoquer un merdier sans équivalent. Je ne pourrai commenter en détails les traits philippins, n’y ayant, pour dire la vérité, pas prêter outre mesure intérêt.

Parlons plutôt des femmes.

La population féminine est jeune, composée à 22,74% de gros culs et 24,31% de visages ingrats. Ces statistiques comportant des intersections non négligeables laissent une allègre fenêtre de tir de 73,07%. Une fenêtre largement ouverte, et de l’intérieur dois-je préciser. De tailles diverses, la Philippina a parfois les traits épais de la Malaisie, la peau crémeuse et le nez négroïde. A l’inverse, elle peut emprunter le caractère plus fin et émacié des visages japonais, ou rond des chinois. Sans jamais être totalement obèse, elle chute à des poids effrayant de finesse (à côté desquelles je fais figure de gros), qui laissent supposer que l’on a sous les yeux un personnage filiforme de dessin-animé. Quel que soit son type, elle doit problablement travailler dans l'industrie de la verrerie, sa large bouche aux lèvres charnues semblant optimisée pour le travail en soufflerie. Fine et élancée, les jambes douces et galbées, elle marche sur de hauts talons, ce qui accentue le déhanchement chaloupé de son cul parfait. Elle bouge sur une piste de danse sur comme une Africaine sur des rythmes syncopés, comme une Cubaine sur des mélodies sensuelles : un aperçu presque douloureux des folles chevauchées qu’elle ne demande qu’à gratifier. Son visage satiné, lisse et sans défaut, rend son âge impossible à déterminer entre 16 et 25 ans, ce qui est bien pratique pour les consciences tatillonnes qui miseront sur un 24, très rouge et passe, pour se dédouaner.

La Philippina semble donc génétiquement prédestinée à la prostitution. Elle a même parfois la dentition orientée vers l'avant, témoignage flagrant d'une évolution naturelle pour mieux s'adapter aux glands.

Des cinquantenaires américains bedonnant et libidineux l'ont d'ailleurs bien compris, et s'empressent de poser leurs mains de propriétaires terriens bouseux du Kansas sur les susvisés culs parfaits, désireux de planter leurs drapeaux en terrain très largement balisé. Et elles, de sourire en réponse de leur sourire hirsute de gamines de 16 ans.

Romantisme et poésie, je vous salue.


Sur la terrasse du Café Havana, des filles absolument splendides et torrides, habillées légèrement en fin de journées torrides, attendent que n'importe quel caucasien cause. Attablées en grappes de bombes sensuelles dont une, moche, constitue l’inutile faire-valoir, elles se positionnent, telles sur un plateau d’échec, en prise sur une autre table. La reine menace le pion blanc, couronné roi d’un soir. Elles harponnent alors leurs proies d’un regard langoureux, sans pudeur aucune. Tout plouc qu’il soit, l’homme sera investi du même sentiment que Kalel arrivant sur Terre et se révélant superman, tandis qu’il n’était sur Krypton qu’une goutte d’eau diluée dans l’océan. Car le Blanc a un super-pouvoir : il se sentira soudain grand, beau et musclé. J’ai expérimenté ce sentiment extrêmement grisant. Il est en fait riche ; car j’oubliais de préciser : un euro vaut soixante-dix pesos. Vous pouvez remonter plus haut et calculer.

A quelque moment précis, sur un signe discret, les comparses s’en iront laissant l’une d’entre elles seule et éperdue afin de rendre possible l’abordage. Le Blanc, si peu habitué à pouvoir si facilement "attaquer", finira d’abord sa bière pour se rasséréner avant d’approcher. Il sera surpris par un accueil d’une chaleur inconnue par l'une des plus belles femmes qu’il ait vues.

Penchées sur les billards du Hard Rock Café, sous une lumière diffuse, d’autres beautés fatales frappent la boule blanche pointée avec dextérité, laissant glisser sur leurs généreux appâts des reflets tamisés. Surprenant votre bouche entrouverte assortie à votre regard ahuri, elles trémousseront leur cul toujours parfait, lascives, le long de leur queue au rythme de l’orchestre jouant dans la salle d’à-côté.

Que cherchent ces femmes ? Un expatrié pour se caser ? Un « nid pour pondre », comme l’affirment certains ? Un billet d’avion pour sortir de l’Asie ? Une garantie de sorties pendant quelques soirées ? Toujours est-il, le dépaysement est vite passé : on se lasse d’une telle débauche de perfection, on esquive bien vite des regards complices en prenant une mine agacée, telle une beauté de magazines se faisant sans arrêt aborder. Ce n’est plus le calvaire des belles mais celui des riches. D’autant que les femmes asiatiques semblent frappées d’un défaut dont je reparlerai bientôt.

Dans la Burgos Avenue, le client entre dans un des bars alignés aux ambiances plus feutrées. Des escadrons d’hôtesses viennent instantanément s’écraser sur lui comme des kamikazes japonais. Pearl Harbor. Devant, derrière, sur les côtés, leur visage en gros plans souriant de toutes leurs dents babillent un charmant brouhaha de compliments. On a soudain l’impression, nonobstant l’âge, d’être un bébé au fond de son berceau sur lequel se penchent des dizaines de mamies. Oh qu’il est mimi !

Que l’on ne s’y trompe pas, il s’agit de commerce : ces entraîneuses assoiffées et assoiffantes sont rémunérées pour faire consommer, percevant un pourcentage de ce qu’elles font siroter. La boisson coûte en ces lieux de perdition beaucoup plus cher : autour de 300 pesos la bière. Le client avisé sélectionne en général deux ou trois filles, ce qui lui assure une bonne compagnie sans se ruiner. Les dizaines de filles restantes s’envoleront vers de nouvelles cibles lorsqu’elles comprendront que vous n’êtes pas prêt à soulager leur gosier.

Celui qui souhaite ramener une fille pour coucher doit s’acquitter d’une amende, pour dédommager le bar de ce qu’elle ne fera pas consommer. Les prix sont à négocier avec la Mama-san, la petite vieille sympathique responsable des « ressources humaines » : entre 1500 et 3000 pesos pour la soirée. A l’hôtel, personne ne tiquera : et même au contraire, le lendemain vous aurez acquis une considération nouvelle, celle d'un homme normal à part entière ayant fait ses dignes preuves.

Oui. Les Philippines, c'est le paradis sur Terre.

Pour résumer et achever ce soliloque, je distinguerai quatre catégories de femmes :

1 - celles qui attendent que le Blanc vienne l’aborder ;

2 - celles qui vont draguer le client ;

3 - celles normales et saines, qui constituent tout de même la majorité, ici s'arrete le second degré ;

4 - Grace C. Mais ceci est une autre histoire…

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Published by Joël Bloch - dans Récit
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commentaires

Elodie 27/07/2005 19:18

Aussi, pardon, j'oubliais un autre truc... le défaut des femmes asiatiques dont tu devais parler ultérieurement? Je l'ai loupé ou tu l'as oublié ?
Si, si ça aussi ça m'intéresse...

Elodie 27/07/2005 19:16

Mais alors Grace C. ? Ok, c'est une autre histoire, mais laquelle ?
Si si, ça m'interesse...

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli