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12 juin 2005 7 12 /06 /juin /2005 23:00

Vie

Il a fallu des milliards d’années pour que les amas de gaz forment des galaxies, des planètes. D’autres milliards d’années pour que le miracle de l’improbable ait lieu : la vie.


En quatorze milli-secondes, tout peut basculer.

 

En quatorze milli-secondes, des neurotransmetteurs s’agitent convulsivement, rebondissent tels des boules de flipper furieuses aux extrémités des neurones et provoquent un courant électrique butant sur les parois d’un crâne.


En quatorze milli-secondes, le cerveau de l’homme atteint la potentialité de l’univers alors que les arcs magnétiques crépitent dans la masse spongieuse du cerveau et forment la pensée. La pensée de laquelle jaillit, en une fraction de seconde nulle au regard de l’échelle du Temps, le second miracle de l’improbable : l’idée.


Cette nuit, à 3h42 du matin, quinze milliards d’années après le Big-bang, les yeux aveugles rivés au plafond, les mains croisées derrière la nuque, les pensées à la dérive, seuls résonnaient à mes tempes le martèlement sourd de mon cœur. Poum poum, poum poum, poum poum. L’idée. Elle a jailli. J'ai soudain compris. Je l'ai trouvée : l'équation fondamentale de la Vie.

Non pas une équation permettant de prévoir les équilibres quantitatifs inter-espèces, non, je parle de l'équation fondamentale qui régit la Vie elle-même, avec un grand V s’il vous plaît.

Des chercheurs se sont depuis l'aube de la connaissance penchés sur cette énigme cosmique qui serait la clef de la compréhension absolue du plus grand mystère de la création.


En vain.


En un éclair fulgurant, entre la quarante et unième et la quarante deuxième seconde de cette heure nocturne fatidique, en un battement cœur, la lettre a jailli à ma conscience ; car cette équation mystérieuse se réduit à une seule lettre : le delta grec, autrement appelé dans l'analyse fonctionnelle mesure de Dirac, du nom du mathématicien américain, symbolisant la division par zéro.

La mesure de Dirac peut s'illustrer par un saut. Un point singulier jaillissant d’une droite infinie. Une discontinuité. Nous n'existons pas avant notre naissance, nous vivons le temps d’un battement de cœur, un segment de mesure nulle au regard du Temps : le point isolé d’une droite, puis nous rejoignons le néant rectiligne que nous avions quitté un trop bref instant.


Vous l'avez compris : l'équation fondamentale de la Vie se réduit à V = Delta.

 

La Vie est une discontinuité de la Mort. Youpi.


Il y a pire : si vous demandez à une machine de tracer cette équation, vous obtiendrez un pique, l'élan de la Vie qui s'élève et retombe lourdement dans l’oubli. C'est précisément le tracé d'un battement de cœur.

 

Comme un message radio, depuis le commencement du commencement, l'organe symbolisant entre tous le vivant nous renvoie inlassablement cette formule restée jusqu'à présent dans l'ombre. Pour être ébloui par l’équation de la Vie, il suffit d’écouter son cœur.


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Published by Joël Bloch - dans Fiction
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Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli