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2 juillet 2005 6 02 /07 /juillet /2005 23:00

En 1999, une illustre inconnue nommée Anna Gavalda écrivit un recueil de nouvelles publié par les éditions Le Dilettante : Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part. Le bouche à oreilles fonctionna à merveille, le livre fut catapulté en tête des ventes. Qu'est-ce qui fit son succès ? La fraîcheur du ton, le caractère quotidien et presque banal des personnages dépeints qui les rendirent familiers et attendrissants auprès du monsieur tout le monde.
Quelques mois plus tard, une fois son assise littéraire bien installée, Anna Gavalda fut engagée par l'hebdomadaire Télérama pour écrire une chronique d'environs 500 signes, ou le paragraphe rêvé d'un auteur : libre d'aborder le sujet qu'elle désirait, régulièrement rémunérée, elle disposait d'une petite niche douillette où, certaine de rencontrer un lectorat dévoué, elle pouvait s'exprimer.

 

J'ouvre ici une parenthèse. Certaines personnes m'ont demandé, à la lecture de ce blog : " mais à quand le livre ? " ce qui est somme toute flatteur et pour cela je les remercie. J'ai écrit en début d'année un manuscrit de nouvelles que j'ai adressé à de multiples maisons d'éditions, qui m'ont toutes dit non sans exception et sans autre explication. Après discussions avec des accointances du milieu, j'ai tiré les conclusions suivantes : d'une part, la nouvelle constitue un genre mort en France, ou plutôt avorté. Extrêmement rares sont les éditeurs se risquant à en publier et celles-ci, le cas échéant, doivent être véritablement exceptionnelles. Cela demeure à mon sens assez paradoxal, car, après avoir interrogé un large panel de connaissances, il s'avère que la plupart des lecteurs aiment les nouvelles. D'autre part, mes "écrits" ne sont précisément pas des nouvelles, mais des récits plus ou moins personnels sans véritable début, milieu ou fin. Enfin, le caractère " exceptionnel " ne doit pas être au rendez-vous, sinon j'imagine que ces éditeurs m'auraient fait des réponses plus détaillées.
"Puisque ce sont des chroniques, pourquoi ne pas rédiger des chroniques dans un magazine ?" me posa-t-on alors comme question. C'est ici que je rejoins mon sujet : précisément car les éditorialistes et autres chroniqueurs sont des personnes privilégiées qui ont déjà fait leurs preuves... le plus souvent avec un roman !
Ecrire un roman ? Je n'ai pour l'heure ni le temps, ni l'abnégation, ni la patience... ni aucune idée !

 

Fermons la parenthèse.

 

Télérama n'a pas engagé Anna Gavalda pour faire du mécénat, mais bien entendu pour profiter de la renommée de la jeune femme. Cependant, écrire 500 petits caractères par semaine, invariablement, peut être à la longue lassant : il faut trouver quelque chose à dire absolument toutes les semaines. Cette lassitude est peu à peu devenue perceptible lorsque ses chroniques ont porté sur... la difficulté d'écrire une chronique ! Sur le manque d'inspiration, ou le rendu de ces billets à temps...

 

C'est aujourd'hui mon tour.

 

J'ai inauguré ce site sur une idée originale d'Obno, batteur mordant de Guilain, qui m'apprit du même coup le concept de blog. Enthousiasmé, je m'astreignis alors à écrire une chronique par semaine, engagement jusque-là respecté. Humeurs, récits, chroniques... de longueurs inégales, d'intérêts inégaux car d'inspirations inégales... Qu'importe ; j'ai depuis tenu parole en trouvant systématiquement quelque chose à dire. Pour quoi et pour qui ? La première question est aisée : le désir d'écrire naît de l'égocentrisme sans borne nourri du plaisir d'être lu ; du désir ou besoin de communiquer, souvent par mimétisme lorsque l'on est passionné de littérature, en utilisant le langage le plus naturel, puisque celui que l'on nous apprend depuis que nous sommes enfants.
Cependant, une question posée il y a quelques jours par un ami m'a laissé sans voix car sans réponse : "qu'en attends-tu ?" Il parlait de mon site d'images mais cette interrogation est directement transposable ici.

 

Pour qui ? La réponse est également délicate.
Le comptage, la statistique, le classement, les scores sont des petites manies typiquement masculines délivrant autant d'informations très souvent inutiles que l'on collecte avec la jubilation débile d'un gamin jouant avec de petites automobiles. (J'ai été cet enfant. Je le suis resté.)
Je garde ainsi un fichier recensant tous les livres que je possède : 322 dans la catégorie " générale ", dont 114 français, 51 américains, 1 argentin, 35 noms d'auteurs commencent par un M, 15 ont été écrits en 1997...

 

Ici, pour m'aider à y voir plus clair, ce site comporte un système de statistiques automatisées. Au 21 juin, date à laquelle j'écris ceci, observons plutôt : 249 pages ont été vues au cours de ce mois. Il y a eu 59 visiteurs uniques. Qu'est-ce qu'un visiteur unique ? Travail et domicile, je compte pour deux par jour. Combien de camarades démultiplient ainsi artificiellement ce chiffre ? Mais poursuivons.
Le nombre de "visiteurs uniques " hebdomadaires est cette semaine de 19, ce qui classe ma popularité à la 6781ème place sur over-blog.
L'article le plus lu ces trente derniers jours est "Asian tells 1 - Manila Sky" (cela ne m'étonne pas !), par 19 " visiteurs uniques ". L'article le plus lu ces sept derniers jours est "La véritable histoire de l'affreux Jojo", 7 visiteurs uniques, ce qui m'étonne déjà plus. 11,9% des lecteurs utilisent l'ancienne adresse http://affreuxjojo.blogspot.com pour accéder à ce site. Le 13 juin a été ce mois-ci la journée record, 7 visiteurs uniques pour 25 pages vues, tandis que le 20 juin, 5 visiteurs uniques ont consulté 44 pages ! Visiblement, parmi eux, se cachait un visiteur occasionnel rattrapant ses semaines de retard...
Nouveau ! Mon blog rank, indicé sur la fréquence des mises à jours, le nombre de pages lues, le nombre d'abonnés à la lettre d'information, le nombre de commentaires est de...

 

2.

 

Ce qui classe mon blog à la 4139ème sur over-blog.

 

2 commentaires ont été postés sur mes articles ces 3 derniers mois.
2 personnes m'ont demandé par téléphone si "Massage" était un récit véridique, et, le cas échéant, quelle était la suite. Oui, c'est un récit véridique.
9 personnes sont inscrites à la lettre d'information et reçoivent un message les prévenant de chaque mise à jour : Romain et Nirm, Xavier. A l'instar d'une auto-enchère sur e-Bay, les 6 autres adresses m'appartiennent... C'est perfide, je sais, mais que ne ferais-je pour voir mon blog rank progresser...

 

Grâce à tous ces chiffres, à quelques exceptions, je ne sais donc absolument pas qui consulte ce site. Et en particulier, qui lit cette annonce tonitruante : il fait chaud, il fait beau, je suis en panne.

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Published by Joël Bloch - dans Chronique
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commentaires

CHRISTIAN 12/08/2005 14:35

j'ai envoyé des dizaines de manuscrits. Les éditeurs les plus sympas ont vanté mon "talent" mais se sont désolés de l'inadéquation du produit au marché. Tu sais, à partir du moment où on veu têtre publié, ce qui n'est pas un rêve fou quand on est écrivain dans toutes nos cellules, il faut s'adapter à certaines lois du marché, ou avoir la chance d'un cocu. Le talent, à mon avis, n'y fait plus grand chose quand ce sont des "coups" qu'ils cherchent, des thèmes ,l'air du temps. Où on tombe bien ou c'est la trappe.
Tenir un blog, comme on le fait, c'est nous frotter au lectorat, en prendre conscience, écrire pour quelqu'un, vraiment, pas pour nos seuls yeux au fond de notre chambrette. Ecrire pour notre blog, c'est un très bon début. D'ailleurs, regarde, je t'ai lu, et te comprends bien.
Il n'y a pas de panne, juste une brève perte de sens. Alors, crois-moi, tu écris foutrement bien.
Etre écrivain commence dans nos têtes.

L'Affreux Jojo 15/07/2005 19:49

Heu... C'est quoi un flux RSS ?
Il y a peut-être une option à cocher sur mon espace de gestion pour l'activer.
Sinon, au pire tu peux t'abonner à la liste...

Au fait... Qui es-tu ???

A bientôt,
Joël

Sok 10/07/2005 00:57

A propos, puisque tu évoques la mailing list, permets-moi un commentaire bassement technique : je lis (et apprécie) ton blog depuis un moment et je dois avouer qu'il y a une chose qui me gêne vraiment : l'absence de flux RSS.

PS : si pour toi le livre est l'objet sacré, écrit une bible ! J'aime posséder des bouquins abimés; leurs défauts me rappelle que j'ai pu les faire découvrir à de nombreux amis.

L\\\'Affreux Jojo 06/07/2005 16:28

"Greg" comme Greg Maklès ?
Merci pour le compliment et le soutien en tout cas.

J'y cherche plusieurs choses :

1 - Depuis que je suis gamin, le livre est pour moi l'objet sacré. C'est pour cela que je n'en prête pas, je ne supporte pas des les voir abimés. Etre publié correspond à un réflexe mimétique : je veux avoir un putain de livre avec mon putain de nom marqué dessus. C'est con mais j'avoue.

2 - Qu'importe le nombre de ventes, qu'importe le nombre de lecteurs, le fait d'être publié est un signe de reconnaissance de la profession que ce que j'écris est "valable", quel que soit le sens que l'on peut attribuer à ce mot. Je ne chercherai pas à gagner ma vie avec.

3 - Quand j'écris, j'ai enfin l'impression d'être à ma Place (grand P donc). A partir du moment où une occupation est passion, on cherche à aller toujours plus loin, c'est dévorant et tyranique. Préparer un manuscrit m'a fait énormément bosser, m'a astreint à une exigence de qualité que je n'avais pas, à écrire, relire, relire, relire. C'est loin d'être perdu : le but, c'est le chemin... mais il y a un but quand même :)

Et je n'ai pas écrit mon dernier mot...

Greg 06/07/2005 16:08

Moi je viens... et je reviens, je ne loupe rien. Et soyons franc Joël, je ne te connais pas bien, mais j'aime vraiment te lire, même quand tu es "en panne".

A part ça être publié n'est pas une fin en soi, mais ça peut être un objectif. Toujours la même question, qu'est ce que tu y rechercherais ?

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli