Tout ce que je suis, tout ce que je ressens, tous ces souvenirs qui s’entassent pêle-mêle dans mon présent, le bruit plastique des touches de mon clavier, le contact rêche de mon dossier, son sourire délicieux et angélique, le courant d’air sur mes pieds, la douleur sourde dans mon épaule, la douleur sourde dans mes hanches, la douleur sourde dans ma conscience, les étreintes charnelles, la chaleur du soleil, la tendresse maternelle, mes yeux hérissés de larmes, mes espérances de réussite, d’amour et de complétude, mes incertitudes et mes regrets, tout ce que je sais, tout ce que je tais, tout, tout, tout cela ne sera plus dans un an.
Et mon esprit las pleure des mots qui ne seront plus dans un an. Je suis fatigué et je titube comme un ivrogne, je me cogne contre les murs, enivré par l’idée de ma propre mort, intoxiqué par l’idée du néant. Les secondes m’enchaînent et me tirent vers l’oubli. Sourire amer, larmes amères, l’angoisse vrille mes entrailles et l’acide fermente dans mes veines. Ma chair même a la prescience de sa fin et me semble déjà pourrie : ma peau exhale la mort par tous ses pores. Mes yeux sont ouverts mais je ne vois plus. Et de ma bouche serrée les sons ne peuvent plus sortir, pas même ces trois petits mots, dernière vérité : je vais mourir.

Mes frères devant la mort, dans la mort, mes chéris, mes amours, vivez. Vivez car c’est maintenant. Je savais que j’allais mourir un jour, avant de savoir, mais à présent cette certitude si noire qu’il est trop tard s’est refermée sur moi. Il est trop tard. Trop tard pour tout. Ce n’est pas grave : ce désespoir, comme un trou béant dans ma poitrine, un poids écrasant sur ma nuque, ne sera plus dans un an.


J’ai si mal.


Je suis si triste.


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Commentaires

Curieusement c'est plus mon inaptitude a ressentir l'émotion qu'il véhicule qui m'inquiète.
Commentaire n°1 posté par Obno le 18/07/2005 à 18h32
C'est un peu paradoxal ce que tu dis : si tu n'arrives pas à ressentir l'émotion, comment sais-tu qu'elle est "proprement" véhiculée ?
Commentaire n°2 posté par L'Affreux Jojo le 18/07/2005 à 19h28
tu es trop modeste.
Commentaire n°3 posté par Obno le 18/07/2005 à 21h59
Tu doutes trop.
Commentaire n°4 posté par L'Affreux Jojo le 18/07/2005 à 22h26
possible
Commentaire n°5 posté par Obno le 19/07/2005 à 12h06
Ce texte est magnifique! ^^ je me suis permis de le mettre sur mon blog en précisant l'auteur et en ajoutant un lien vers ce blog. En espérant que vous ne m'en voudrez pas... jojo.
Commentaire n°6 posté par the jojo le 21/03/2006 à 13h21

Yé tu mort vous pensez ?


Très beau texte, très triste.  J'imagine que ca doit être ca savoir qu'on va mourir.  Un peu comme quand on sais que notre amour est sur le point de nous dire qu'elle nous quitte.  Notre Amour, c'est aussi notre vie quelque part.  Combein ne s'en sont pas remis et se sont pendus.

Commentaire n°7 posté par Cheval en rut le 19/10/2007 à 18h14

Ce texte est magnifiquement écrit avec toutes ces émotions qui s'entremèlent et se coagulent; le désespoir, la colère sous jacente à la tristesse, et l'impuissance.
Non, non ce n'est pas juste un texte qui se décortique avec la raison comme j'ai pu le lire dans certains commentaires:
C'est une explosion !
Et moi être humain, humaine, je le ressens.

Commentaire n°8 posté par Lya le 26/07/2006 à 15h59

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli

 

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