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23 juillet 2005 6 23 /07 /juillet /2005 23:00
Putain je vais être en retard putain je vais être en retard.

Vert, je démarre en trombe, me rabats sur la file de droite au milieu des Champs-Élysées.

Les Champs, c’est toujours la même chose : la troisième file. Pas la quatrième pour éviter les connards qui tournent à gauche ; pas la première pour éviter les connards qui tournent à droite. Restent les deuxième et troisième. Pas la deuxième pour éviter ces connards de flics qui arrêtent les bagnoles. En l’occurrence, pour vérifier que la Ferrari de Môssieu est bien à Môssieu. Vu sa gueule, cheveux gominés sur une peau bronzée sous une chemise Yves St Laurent, vue la blonde aux dents d’une blancheur Ultra-Bright c’est si sexy hyper-canon à ses côtés, comment peut-on douter ? Une nana pareille, ça vous donne envie d’avoir beaucoup de pognon. Tiens, juste devant, c’est pour vérifier que la M3 est bien à ce ziva-ziva tout en piercing. J’aurais des doutes aussi : si la BM est bien à lui, moi je dis, ça pue le trafic de dope. J’aurais presque envie de m’arrêter pour le signaler.

Certes je n’ai pas une voiture de luxe, certes le siège passager est vide, mais je me méfie quand même : donc, troisième file. Toujours. Et à la hauteur du Gaumont Marignan, je me rabats sur la file de droite pour éviter tous ces connards qui tournent à gauche sur le rond point et bloquent la moitié de la voie.
Je dépasse ce merdier et me recolle aussitôt sur la troisième file. J’écrase l’accélérateur et

Qu’est-ce qu’elle me fout la Twingo ? Elle va avancer NGV 74 ?

Je klaxonne et la sirène survoltée que j’ai fait installer la semaine dernière retentit en fanfare. Je vois la silhouette du conducteur s’agiter, la bagnole tanguer sous mes appels de phare comme chahutée par de grosses bourrasques. La voiture se rabat finalement. Je sais pas comment cela se passe en Haute Savoie, mais à Paris, quand c’est vert on accélère, Connard.

Je pile : le feu est rouge. Putain. La Twingo me rejoint. Bref coup d’œil à droite. C’est une connasse, la soixantaine tassée, l’air pincé. Elle me jette un regard mauvais.

Attends.

Elle fait chier tout le monde au milieu de la route et en plus, en plus, elle en redemande ? J’ouvre la fenêtre passager, Right Next Door to Hell de Guns’n Roses rebondit soudain sur le pavé. Sa fenêtre à elle est ouverte et la femme frémit devant les assauts de la guitare de Slash. Right next door to Hell, Why don’t you write a letter to me, yeah, I said I’m right next door to Hell, an so many eyes are on me yeah
Et ouais Mamie, en 1991, Use your Illusion, on savait faire du rock metal comme il faut ; pas comme ces tarlouzes d’aujourd’hui qui nous vendent de la soupe sous le label Punk.
- Qu’est-ce que tu veux, Connasse ?
Elle blêmit. J’imagine le look que je peux avoir, calé au fond de mon siège, lunettes de soleil et gueule mal rasée jaillissant dans un déluge musical hyper-violent. J’en souris de ce sourire carnassier et mauvais. Satisfait. Mamie Connasse voit pour la première fois un rejeton de l’enfer et me dévisage, horrifiée. Je rempile :
- Tu veux ma photo, Mamie Connasse ?
Je suis content du petit nom que je lui ai trouvé. Ca sonne bien. La formule glisse sur ma langue avec délices comme un bonbon acidulé, je pourrais la seriner des heures sans me lasser.
- Hein Mamie Connasse, tu vas répondre à ton nouveau copain ? Tu veux ma photo Mamie Connasse ? Allô ? Allôhôooo ?! Mamiiiie Connahaasse ?!
Un klaxon glapit derrière moi. Môssieu Velsatis m’indique à grand renfort sonore que le feu est vert. Eh bah minute Trouduc, tu vas attendre que j’aie fini avec Mamie Connasse et ensuite, si je veux bien, on va y aller. Je lui fais un gros doigt dans le rétro, me retourne vers la Twingo mais celle-ci, non contente de pouvoir échapper à son tourment, a pour une fois accéléré prestement. J’enclenche la première et la rattrape, j’avais pas fini ; à sa hauteur je ralentis et lui hurle les pires insultes que ses oreilles de petite bourgeoise savoyarde aient jamais entendues. Elle ralentit, car, tétanisée, elle lâche spontanément l’accélérateur. J’écrase le mien, laissant la pauvre recroquevillée derrière son volant : je n’ai pas que ça à foutre, je suis à la bourre. Je ris d’un rire gras et généreux, celle-là, elle est pas prête de refoutre les pieds à Panam et c’est tant mieux. Moi je travaille pour la ville : je suis pour la fluidification de la circulation.

Suite

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Published by Joël Bloch - dans Fiction
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commentaires

L'Affreux Jojo 10/10/2005 15:55

Hé hé hé... merci !
Je n'hésite pas... Je n'hésite pas...

damien 10/10/2005 15:48

vif violent succulent et alerte comme un djeuns parisien tout fourré de frustration...j'aime!
la plume crache du gaz et dla haine autant qu'un bon vieux pot d'echapement parisien; c'est goutu!!!
et py t'as raison mon pote, on l'dira jamais assez: sont cons, les gents, a pied et en bagnole, partout! faut pas hésiter à leur en mettre plein la geule!!!

L'Affreux Jojo 28/07/2005 17:25

Attends, cela ne fait que commencer... Gniark gniark gniark...

rhum 26/07/2005 09:39

Ah, ça fait du bien de se retrouver à Paris!!!! A Montréal, ils ont une conduite beaucoup trop molle pour un vrai parisien

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli