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10 septembre 2005 6 10 /09 /septembre /2005 23:00
Ce texte peut choquer la sensibilité des plus jeunes, des plus sensibles et des gens non-pourvus d'un sens du 2ème degré qui ne liraient pas le texte jusqu'au bout. Ce message est absolument sérieux, je vous aurai prévenu.

Préface*

 
La girolle (Cantharellus cibarius) est un champignon à chapeau de cinq à douze centimètres, convexes chez les jeunes spécimens, puis en entonnoir, charnu, de couleur jaune pale à jaune orangé.
Son pied mesure de un à deux centimètres, et s'évase vers le haut. Sa chair est ferme, un peu fibreuse, blanche à crème, avec une bonne odeur fruitée. On le trouve en plaine ou en forêts de feuillus, ou de conifère, d'août à octobre.
On peut déguster les girolles en salade, en omelette ou en légume, tout simplement.
Son ingestion, à moins d'une allergie, est absolument sans danger.
La nouvelle qui suit a été écrite après ingurgitation d'une omelette aux girolles, sans qu'aucun effet indésirable n'ait été constaté mise à part quelques rots intempestifs.
 
*
Le type me klaxonne. Je rêve. D'où est-ce qu'on klaxonne quelqu'un parce qu'il freine devant un feu orange devant un flic (unique raison pour laquelle je n'ai pas accéléré. Non pas qu'il me regarde, il s'occupe plutôt à juguler la circulation de l'avenue Foch vers l'Etoile, mais bon, on ne sait jamais).
La voiture change de file et se place à mon niveau, la pôle. Le type est moche, les cheveux gras, les traits épais, le regard stupide et hargneux comme celui de Laurent Baffi : la tête d'un Français moyen et médiocre, confis dans sa connerie. Il me balance une insulte : " Pédé va ! ".
Mon sang ne fait qu'un tour :
- T'aimerais bien, pouffiasse.
Il s'énerve, continue ses invectives. [Non, des mots plus simples.] Il s'énerve et continue son torrent d'insultes. Je bouillonne de colère mais simule l'amusement en le toisant. [J'ai dit : plus simple !] Je bouillonne de colère mais je fais semblant d'être amusé en le dévisageant. Il s'arrête, bouillant aussi. Il me demande :
- Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ? Tu crois que tu m'impressionnes ?
- Nan, mais je te trouve mignonne ma chérie.
- Espèce de sale pédé.
 
Il remet ça. Me traiter moi, de pédé. Non, je ne suis pas homophobe, j'ai même des amis homosexuels que je fréquente malgré le dégoût qu'ils m'inspirent : quand ils me regardent, j'imagine qu'ils s'imaginent entrain de m'enculer. C'est assez désagréable. Et cela provoque un certain malaise dans le discours. Malgré cela, je les tolère et j'ai même développé des liens d'amitié, si tant est que l'on puisse avoir des relations amicales avec ces gens-là : c'est un peu comme la légendaire amitié homme/femme, il y a toujours un soupçon d'ambiguïté si les deux sont hétéro. En tout cas si l'homme est hétéro, encore plus si c'est moi : je suis tellement obsédé que j'interprète le moindre sourire d'une femme comme une invitation à la violer.

Donc non. Je ne suis résolument pas pédé. D'autant que mes fantasmes sexuels tournent plutôt autour de lesbiennes chaudasses qui jouent à domine-mi domine-moi : genre des top-models magnifiques organisant des soirées privées interdites aux hommes, où elles se font lécher tout le corps. [Aller plus loin.] Genre des top-models magnifiques organisant des soirées privées interdites aux hommes, où elles se font lécher tout le corps et surtout la chatte bien profondément par des models-mais-pas-top, bombasses quand même, soumises, à qui elles font miroiter gloire et succès. [J'ai dit : plus loin.] Mais pour ça ma chérie faut mettre la langue dans le cambouis. [Plus de détails scabreux.] Menottes, godemichés, fouets et cravaches, le tout sur une plage aux Maldives pour avoir ces scènes d'orgies sans fin sur un décor sympa. Les top-models sont insatiables, les esclaves souffrent et gémissent et lèchent, se font tartiner de foutre par moi qui suis la seule exception masculine admise sur cette île paradisiaque. [Sombrer dans le vraiment crade.] A l'exception près de cette jeune fougueuse récalcitrante qui refuse de lécher la patronne sous prétexte qu'elle n'est pas lesbienne. Est-ce que quelqu'un lui a demandé si elle était lesbienne ? Est-ce que quelqu'un t'as demandé si tu étais lesbienne ? Si ? Non ? On lui ordonne de lécher, de s'en coller plein la langue et le visage, de masturber vigoureusement les sexes moites de ses joues, de son nez, de sa langue, et on ne lui demande rien d'autre. Alors pour elle, rien que pour elle, les top-models vicieuses organisent un marathon de la bite : puisqu'elle préfère les hommes, elle en aura, tiens, des hommes. Quarante-deux colosses bien alignés, le sexe raide, près à éjaculer dans sa bouche. Adriana Karembeu la coince entre ses jambes porte-avionesques, seins pressés dans son dos, lui susurre des insanités à l'oreille [Vocabulaire plus simple.], lui chuchote des cochonneries à l'oreille, tu l'as voulu tu l'as eu ma petite pute, tandis que sa main experte masturbe tour à tour les quarante-deux bites fourrées jusqu'au gosier de cette récalcitrante aux yeux exorbités. Plus que vingt-quatre ma chérie. On t'y reprendra à rechigner !

J'en vois déjà qui font des remarques désagréables. Je tiens à lever toute ambiguïté : ces quarante-deux hommes n'ont aucune existence tangible en tant que tels dans mon fantasme. Pas de visages. Ils ne représentent qu'un organe de domination utilisée par des femmes en vu de soumettre d'autres femmes : bouches entravées, elles ne peuvent se soustraire à ces pénis. Mais ceci n'est qu'une petite parenthèse à ces scènes d'orgies sans fin de femmes gémissantes, [Insister très lourdement.] visages enfoncés entre des jambes sculpturales et huilées, encastrés entre des fesses rondes et huilées, langues enfoncées dans des vulves épilées et huileuses ou contre des tétons hirsutes et huilés. La salive de leur bouche se mêlent en bouillonnant à la salive de leur sexe. Adriana Karembeu, plus que douze ma chérie et celui-là tu as intérêt à déglutir au fur et à mesure, je le connais, il a un sacré débit, et ses consœurs sont toutes de la partie, vite rejointes par les stars féminines des films porno-chic-ou-moins qui s'amoncèlent sous mon lit.

Le tout dure depuis des semaines quand mon réveil sonne le matin. [Bon moment pour caser une réflexion sur le quotidien.] Alors je me prépare et je vais travailler, comme la plupart des humains du monde occidental, pour m'occuper : tout homme qui pense à autre chose qu'au sexe est un menteur, le travail étant uniquement une diversion pour empêcher l'humanité de sombrer dans un chaos orgiaque : il faut se concentrer pour penser à autres choses qu'à baiser. C'est efficace, quand je vois la tête de mes collègues essentiellement masculins, ma bite rétrécit dans mon caleçon. Et quand je vois la tête de mes collègues féminines, j'ai l'impression que ma bite disparaît.

Alors me traiter MOI de pédé, je me marre... Je dirais oui à tout plutôt que me faire enculer, même par un top-model équipé d'un godemiché. [Toucher le fond du crade.] Moi-même je n'aime pas sodomiser les femmes : ce qui me dérange, c'est l'idée d'avoir de la merde sur le pénis. Au-delà du dégoût des hommes, dans l'autre sens, j'imagine encore moins qu'on me la pousse.
[Indispensable : cracher sur une star.] Enfin quand je dis tout... si j'ai le droit à une anesthésie locale de l'anus, je préfère quand même cela à un entretien avec Marc-Olivier Fogiel. Quoique, même sans anesthésie : on doit, en sortant, se sentir moins sale. D'autant qu'à tous les coups, ce petit minet en est un, de gros pédé : il a le même petit air obséquieux et faux que Philippe Vandel.
 
Je redémarre, furibond. [Vocabulaire plus simple !] Je redémarre, en colère. [Inclure des réflexions métaphysiques sur la place de l'homme dans l'univers.] Une grande lassitude m'envahit. Tout à coup je me dis que la planète Terre flotte dans l'univers au milieu d'une infinité d'étoiles, existe depuis cinq milliards d'années et existera pour quelques autres milliards d'années. Je suis né, je vais mourir, et entre les deux je passe la moitié de ma vie à dormir, l'autre moitié à m'emmerder au bureau, à fantasmer sur Adriana Karembeu en chaudasse lesbienne, plus que deux ma chérie, on tient le bon bout, et à me faire traiter de pédés en voiture par des imbéciles médiocres.

[Finir sur une note désabusée.] C'est décidé : je retourne en boîte ce soir, et dans les vapeurs d'alcool et de drogue, je vais lever une bourgeoise de dix-huit ans, lui fourrer ma langue dans la bouche, ma bite dans la bouche et éjaculer. Cela me changera de mes kleenex bon marché. Et cela me calmera au moins jusqu'à demain : comme aux Alcooliques Anonymes, un jour à la fois, c'est ma devise.
 
Postface
 
Je viens de mettre le point final à ce récit. Un arrière goût âcre colle à mon palais : celui de la compromission. J'ai craché mon venin sur quelques stars, je me suis montré homophobe ; j'ai parlé sexe, cul et fantasme de manière la plus crue et j'ai calé quelques réflexions creuses sur la condition humaine.

Je me sens sale. Je n'ai jamais rien écrit d'aussi plat et crade, tant sur le fond que sur la forme. Une boule se noue au fond de ma gorge, cela me prendra quelque temps mais je vais finir par assumer. Car je me devais de le faire : me prouver que je pouvais me hisser au niveau des Nouvelles sous Ecstasy de Frédéric Beigbeder.

*Ce texte a été approuvé par 100% de son comité de lecture. [NdT]

 

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Published by Joël Bloch - dans Humeur
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commentaires

Chris 13/09/2005 07:24

Ca revient l'inspiration !!! J'ai tout lu, forcément, je lis tout de toi, et c'est toujours aussi bon. ... Différent, oui, provocant, oui, et sincère. Merci Jojo !!!

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli