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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 20:46
Non, je ne vous annonce pas la décision saine de ne plus jamais vous revoir, malgré la vacuité unilatérale de nos échanges et la prise de conscience tardive que vous ne servez à rien.

Non, je n'annonce pas mon suicide malgré le fait que la Vie est vaine, que nous ne laisserons rien à horizon de milliards d'années, que Jennifer Connely est déjà mariée et que le prix du mètre carré des lofts à Boulogne est vraiment trop élevé.

Je n'annonce pas ma mort. J'annonce notre mort. J'annonce la fin du monde.

Voilà, c'est fait.

Demain, le large collisionneur d'hadrons (LHC) sera mis en service à Genève. Son but : unifier les grandes théories de la physique et ses forces élémentaires. Car si les couvertures de Biba, Cosmo et Jalouse nous assènent quatre fois par an des numéros « spécial maigrir » pour expliquer le « comment » du ventre plat, la Science avec un grand S, donc, n'explique toujours pas le « pourquoi » du poids. Le plus grand instrument de mesure physique jamais construit, engloutissant plus de quatre milliards d'euros, devrait mettre en évidence le Boson de Higgs. Non, il ne s'agit pas du clown vedette du nouveau cirque en ville mais d'une des plus petites particules imaginées.

Pourquoi « Boson » ? Parce que tout ce qui est petit se termine par –on (bien que je connaisse beaucoup de gros cons), que « protons » et « électrons » sont déjà utilisés par la physique classique ainsi que « gluon » par Téléchat.

Pourquoi Higgs ? Car Peter Higgs est le chercheur ayant émis l'hypothèse de son existence.

Cette particule, donc, d'après le Sciences & Vie n°1088 de mai 2008 (faut pas croire, on s'documente !) n'est rien d'autre que la pièce manquante du puzzle de la matière, la quinte flush de la physique unifiant les quatre forces fondamentales : interaction forte, faible, gravitation et force électromagnétique, Corno-fulgure et Goldorack go. D'où son nom de "Particule de Dieu". Manquante car, comme son Maître, hypothétique. Des chercheurs, certainement férus de fresques galactiques et de pizzas pâtes pan, ont imaginé des équations équilibrant des bosons W et Z, qui, comme chacun sait, sont incompatibles. Le tout conduisant à des aberrations : on n'additionne pas comme cela des tubas et des choux de Bruxelles. D'où l'introduction d'une particule glissée en catimini d'un côté de la feuille griffonnée : le… b….bbbBo... BBBBBBoho…
 
Le Boson de Higgs. Faut suivre.
 
Pour résumé, le Boson de Higgs est avant tout une cale mathématique glissée sous un signe égal. Devant cette pirouette scientifique, il y a deux choix possibles : 

- Admettre que l'on s'est trompé ;
- Construire une super-collisionneur de particules de 27 kilomètres de circonférence sous le sol Suisse afin de super-accélérer des protons, les aligner, à la dégonfle, vlaaaan, et révéler la particule promise dans un choc frontal sans ceinture libérant une énergie inégalée.

Des fans d'auto-tamponneuses haut-placés ont voté, et libéré le budget. 

Quel rapport avec la fin du monde ? A cause de l'énergie libérée justement. Des scientifiques à la réputation non moins crédibles que les autres ont déclaré dans le Courrier International du 2 avril 2008 (vraiment documenté le gars) qu'elle pourrait provoquer l'apparition… d'un trou noir sur Terre : l'aspirateur sidéral de matière qui, non content de digérer la Terre, détruirait à moyen terme le système solaire. Le bon spectateur de blogbusters américains que je suis, aimant Hulk et Star Wars, serait tenté de hurler : « Ouaaaaaaaaaaaaaaais ! », fier du paroxysme de destruction qu'atteindrait l'Homme. Seulement, les scientifiques homologues pro-collisions répondent dans le même numéro du Courrier :
« c'est peu probable ».
 
Ah.

Ah. Voilà qui est rassurant, tout va bien alors.
 
Hum.
 
Après enquête, les mini-trous noirs engendrés ne devraient pas être stables. Et au pire, voire au mieux, la Suisse seule serait balayée.

Demain, nous saurons. En attendant, j'ai bien l'intention de profiter à fond des dernières miettes de bonheur que peut m'offrir cette vie : je vais de ce pas regarder une dernière fois le Baiser Mortel du Dragon en tétant une petite Desperado.

Ne vous faites pas d'illusion. Si nous survivons aux Suisses et leurs trous noirs, nous périrons bientôt sous le Soleil de Provence : le projet de fusion nucléaire ITER, d'origine soviétique et construit en région PACA, pourrait bien nous surprendre en retour de volée d'ici 2016 ; car non maîtrisé, il génèrerait pas moins qu'un nouveau Soleil sur Terre. C'est un fait reconnu, s'il est une chose que les Sovétiques savent bien maîtriser, c'est leurs programmes de centrales énergétiques.

Mais ceci est une autre histoire… et qui vivra mourra.

En attendant, regardez
plutôt.

 
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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 18:17
- L'hôtel est encore loin ?
- C'est au bout de la rue là-bas
- Là-bas ?!
- Oui, d'après le plan c'est dans cette rue là.
- ...
- ...
- ...
- ...
- Et maintenant ?
- Merde, je me suis trompé. C'est bien cette rue là mais c'est beaucoup plus bas. En fait on a fait une station de métro de trop.
- Je te hais.


- Il y a marqué quoi là ? Cobetzkar ?
- Sovetzkaya. Le "C" est un "S", le "B" est un "V", et le "R" inversé est un "ia". Et le "P" est un "R", le "H" est un "N", et "U" est un "I", le "Y" est un "Ou". Et ça, c'est pour les majuscules. En minuscules, le "g" est un "d", le "m" est un "t", le "n" est un "p", le...
- Oui bon bah c'est là.


- Il est 8h30.
- Grumpf.
- Va prendre ta douche feignasse.


- Non mais tu as vu toutes ces femmes ?!
- Oui !
- Incoming missile !
- Quoi ?
- C'était un jeu sur une console portable. L'Atari Jaguar. Tu étais dans un avion, et à chaque fois qu'on te tirait dessus, il y avait une alerte "Incoming missile !". Là j'ai le radar qui sature.


- J'ai faim.
- Tu es un ventre. Tu es un petit être contrefait seulement réduit à ses fonctions vitales.


- Incoming missile !


- Je vais te dire, c'est ici le meilleur endroit, on n'a pas besoin de musée. Et si on restait et qu'on essayait d'engager la conversation avec des nanas ?
- Non, on part visiter des musées. Le but est de se faire plaisir, pas de faire plaisir aux femmes russes.


- Il faut que tu retiennes ça : "Ia nié gavariou pa rousky." Cela signifie "Je ne parle pas russe."
- Ia nié gavariou pas rouchy.
- Rousky. S. Pas ch.
- Ia nié gavariou pas rouchy.
- Roussssky !
- De toute façon ils vont vite s'en rendre compte.


- Oula !
- C'est la troisième fois qu'elle passe elle. Tu crois que c'est une pute ?
- Je ne sais pas. Peut-être.
- ...
- ...
- Elle aussi.
- Il n'y aurait que des putes ici ?


- Il faut que tu retiennes ça : "ti otchen krazivaillia. Ia loubliou tibia."
- Ca veut dire quoi ?
- "Tu es très belle. Je t'aime."
- Ah. Et comment tu dis : "J'ai envie de te ravager sur le bar" ?


- Bon, faut quand même avouer que c'est une belle ville.
- Oui.
- Ca vaut pas Venise mais c'est une belle ville.
- Oui.
- Quelqu'un m'a dit que c'était plus beau que Paris ! Je reste définitif : Paris est la plus belle ville du monde.
- On est d'accord.
- On est d'accord.
- Bizarre.


- Incoming missile !


- C'est incroyable la profondeur de ce métro. On reste trois quatre minutes sur l'escalator à pic.
- Plutôt une minute à une minute trente.
- Non, au moins deux minutes.
- Plutôt une minute à une minute trente.


- Merde. Il n'y a pas d'autre oreiller.
- Pourquoi ?
- Pour mettre entre mes jambes. Je ne peux pas m'endormir sans la sensation d'avoir un corps de femme coincée entre mes jambes.


- Tu ronfles.
- Non. Je ne suis pas responsable de tes hallucinations auditives au cœur de la nuit.
- Si tu ronfles.
- Non.
- Si.
- Non.
- T'es vraiment trop con.


- On prend un taxi ?
- Cela coûte plus cher.
- On s'en fout.
- Non. Un rouble est un rouble, et je n'ai pas l'argent de ta race.


- Elle aussi en jaune elle est bien.
- Dis-toi bien que toutes les créatures lubriques brûleront en enfer. Tu vaux mieux que ça.


- J'ai chronométré. Une minute trente.
- ...
- Tu avais raison.
- ...


- A droite, juste après cette rue on devrait voir les arbres.
- ...
- ...
- ...
- Ils sont où tes arbres ?
- Je ne comprends pas. Je ne comprends pas où on est sur ce plan.
- Tu ne comprends pas grand chose, et cela ne date pas d'aujourd'hui.


- Alors elle si tu lui fais une balayette tu tranches ses jambes en deux.
- Et si tu lui fais un ciseau à la taille tu la coupes carrément en deux.


- Pajalousta ia bi rotil idit Petergov.
- ...
- ...
- Qu'est-ce que tu lui as demandé ?
- Que je voulais aller à Petergof. Histoire de voir si on était dans la bonne queue.
- Je crois que c'est interdit par le parti de te répondre. Voire de te regarder.


- A gauche, là. Elle est magnifique.
- Oui elle est magnifique. Mais je n'aime pas les ruminants.


- Tzschsiot Pajoulousta.
- Kak ?
- Laisse. Chiotte pajalousta.
- ...
- ...
- Elle est partie nous chercher l'addition. Comme quoi en trois jours je parle mieux que toi.


- Elle. Elle est bien habillée. J'aime bien.
- Oui. Mais elle a une salle gueule et se déhanche comme une pute.


- Je ne comprends pas que l'on s'habille comme ça.
- On a le droit de s'habiller relativement comme on veut.
- Certes, mais ce n'est pas parce qu'on a des problèmes de poids qu'il faut les infliger aux autres.
- Tu es sérieux ?


- J'ai chronométré. Celui là cela fait deux minutes.
- ...
- J'avais donc raison.
- Cela arrive tellement rarement que je peux te le concéder.


- Goûte.
- C'est dégueulasse. C'est quoi ?
- Un milkshake vanille. Félicitations. Force est de constater que tes cinq ans de russe ne servent à rien. T'es même pas foutu de commander un Coca dans un Mac Do.


- Incoming missile !
- Où ça.
- La fille, là. Elle est très très belle. En plus elle sourit tout le temps.
- Je ne vois pas. Elle ? La brune, là ?
- Bah oui, elle.
- ...
- Tu ne trouves pas ?
- Elle est juste moche. Elle est anguleuse, elle a les yeux de Stallone au 14ème round dans Rocky IV et son sourire est une déchirure acérée dans du métal.
- Tu es désespérant.


- Je préfère Moscou. Ici au moins cela fait vraie ville, cela a plus de charme. Il y a des gens, des commerces, la vie.
- A part les façades immeubles, c'est quand même pas terrible, et cela ne fait pas une belle ville. Paris ne se réduit pas à des immeubles Haussmanniens. Je préfère Saint Pétersbourg.
- Je préfère Moscou.


- Alors elle, elle, elle ferait peur à des enfants.
- En fait tu es vraiment méchant.
- Non ! Regarde-la : c'est de la riposte graduée !


- C'est la principale église catholique dans ce monde orthodoxe.
- Si tu le dis.
- Entrons. Cela me fera une bouffée d'air pur dans cette atmosphère viciée.


- L'Asiatique, elle est terrible.
- Mais regarde-la ! Heureusement que le photographe l'a prise sinon elle nous faisait un striptease. Et elle danse n'importe comment. Il y aurait des enceintes qu'elle serait en train de sauter dessus. Par contre la brune là...
- Elle ?
- Oula oui.
- Je te la laisse.
- Tu ne la trouves pas belle.
- Non.
- Tu es désespérant.
- Et la blonde là. Avec le châle sur les épaules.
- Avec vingt kilos de moins.
- Tu es désespérant.


- Elle a des yeux magnifiques.
- Oui. Mais tu as vu ses faux ongles ?
- Non.
- Tu t'endors avec elle, si elle se retourne tu te réveilles éborgné !


- Elle me fascine. Je pourrais rester des heures à la regarder sans me lasser, comme on regarde un feu de cheminée.
- Achète une cheminée.


- Bon bah c'était sympa.
- Non. J'espère ne plus jamais te revoir et je trouve que tu es un gros connard.
- Moi non plus, je disais cela par politesse. Connard.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 00:00



Bonne année à tous.

























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25 décembre 2005 7 25 /12 /décembre /2005 00:00
Ce site fête sa première bougie. L'article Novecento - partie 2 constitue le 52ème message posté sur ce blog permettant de me libérer de l'engagement que j'avais pris (envers moi-même), qui sonnait comme un pari ou un défi : savoir si je pouvais une année durant écrire toutes les semaines. Cela fut parfois acrobatique, en particulier lors de vacances qui furent il me semble transparentes pour les lecteurs. Je suis d'ailleurs actuellement aux Caraïbes, l'enregistrement de ce message et sa date de publication ont été effectués le 22 décembre. D'après la météo en ce jeudi, nous sommes dimanche et je suis sous des trombes d'eau.

J'avoue, j'ai triché : quelques récits dataient d'une période antérieure, je m'en suis servi pour combler des problèmes d'inspiration intermittents. Ainsi, j'ai presque entièrement utilisé et dilué le manuscrit de nouvelles que j'avais envoyé à des maisons d'édition en ce début d'année. Je partais à l'assaut de cette forteresse avec l'enthousiasme d'un chevalier fraîchement auto adoubé. Aucun pont-levis ne s'est abaissé devant ce petit écuyer et mon siège s'est essoufflé.
Qu'est-ce que je cherchais en effectuant cette démarche ? Ce que j'écris ici est un écho de la discussion engagée à la suite de Panne  avec Grégory, Sok et Christian doutant de l'intérêt des statistiques de lecture du site d'une part, et d'une publication au regard des politiques éditoriales d'autre part. J'y aurais trouvé la reconnaissance du monde professionnel qui demeure à mes yeux la seule vraie reconnaissance, la satisfaction purement égocentrique d'avoir son nom imprimé sur la couverture de ce qui est pour moi l'objet sacré, un livre ; j'aurais pour le temps d'un volume fait parti du cercle illuminé des Auteurs. J'aurais étanché ma vanité.
Il me semble que la démarche d'écriture naît du désir, égocentrique toujours, d'être lu et apprécié par le plus grand nombre ; je ne parle pas de faire des compromissions à seule fin d'être lu, mais d'avoir la satisfaction de savoir que l'extériorisation brute ou raffinée de ses idées et de ses émotions plaît, que la communication s'établit et qu'un lectorat se retrouve en soi. Une maison d'édition cherche le plus souvent à maximiser le nombre d'ouvrages vendus tandis qu'un auteur assoiffé (à différents degrés) de reconnaissance cherche à rencontrer un public large. Ces deux intérêts reflètent le même but perçu sous des angles différents, il y a véritable convergence d'objectifs, sous la réserve qu'une maison cherchera un auteur endurant prouvant dès son premier écrit la capacité à développer une véritable carrière jalonnée de livres. Chez les grands éditeurs en tout cas, il n'y a pas de place pour les écrivains du dimanche, ce que je reste dans tous les sens du terme ; ce pourquoi, et cela a constitué un des motifs de refus, les recueils de nouvelles sont souvent mal accueillis en première œuvre, quand elles sont accueillies tout court : le genre semble mort en France, ou plus exactement pas né.

Aujourd'hui, alors que des mois ont passé, je comprends parfaitement ces refus et, à l'instar d'un journal intime rédigé à l'adolescence que l'on redécouvre des années plus tard, je rougis en relisant le recueil que j'ai posté. Le premier mot qui vient à mon esprit est immaturité. Le deuxième aussi d'ailleurs. Cet échec a constitué une nouvelle leçon d'humilité qui ne m'a en rien démotivé. J'ai continué en tentant d'explorer différents tons, différentes formes, différents thèmes. De chroniques assez brèves, les messages ont peu à peu évolué pour atteindre la taille de nouvelles parfois découpées dans un soucis de lisibilité. L'abandon d'activités annexes comme le théâtre me permet me consacrer beaucoup plus à l'écriture depuis la rentrée. L'exercice que constitue ce site m'a depuis - il me semble mais suis-je à même de juger ? - permis d'en gagner un peu, de la maturité, qui correspond à un investissement plus personnel dans les textes : le lâcher prise. Le virage a été pris cet été, après Panne justement, avec la mise en ligne de Elle, Mort dans l'âme, Naissance, Réalité et plus récemment Une version de la vie. J'ai encore aujourd'hui du mal à me remettre de cette dernière nouvelle, j'y ai investi beaucoup de temps, d'énergie sans parler de l'apport personnel. Je l'ai rédigée en lisant La possibilité d'une île de Michel Houllebecq, chef d'œuvre dont la noirceur m'a profondément affecté. J'ai redécouvert dans cet ouvrage le pouvoir absolu de la structure sujet-verbe-complément sans fioriture, qui permet de véhiculer la plus plupart des idées avec un impact redoutable. S'investir à fond a marqué la vraie différence : Une version de la vie est l'article pour lequel j'ai eu le plus de retours directs par e-mail de la part de différentes personnes habituellement silencieuses.

Les statistiques de mon site ont drastiquement évoluées depuis la rédaction de Panne et sans faire davantage de promotion : en moyenne 300 lecteurs par semaine (le maximum ayant culminé à 376), entre 100 et 200 pages visitées chaque jour. Mon blog rank oscille entre 50 et 55. Je ne peux dégager la part de visiteurs occasionnels ayant atterri sur mon site par hasard des amis intéressés. Le moteur de statistique indique les mots-clefs utilisés sous Google ayant conduit à mon site. Ceux-ci sont divers et variés : Affreux Jojo, infiltration dans la hanche, Joël Colado, visage femme affreux, fantasme de l'infirmière, Ipaq hx2410, Swatch irony, Bite à jojo, Kundera plaisanterie, syndrome de l'imposteur, femmes affreuses chatouilleuses, Grégory Olocco, récit de femmes soumises ou esclaves (Oui, je savais ce que je faisais en publiant Nouvelle sous Champignon ! Et j'aggrave ici mon cas...), sonde colorimétrique, guêpe pepsi... A chaque semaine sa moisson de mots clefs hétéroclites et bariolés. Le hasard fait parfois bien les choses, ce site m'a permis de rencontrer des personnes à présent proches, ou de redécouvrir des personnes que je connaissais peu. Ces rencontres justifient pleinement mon action d'écriture.

Ecrire demeure ma passion première devant la photographie : c'est la seule activité où je me sente réellement à ma place comme dans un bon bain, où je n'ai aucune limite si ce n'est celle de mon imagination. Je peux façonner le monde à ma guise. Dans le film Matrix, Néo transite par un monde entièrement blanc avant de pénétrer dans le réseau informatique : n'est-ce pas une parabole de la page blanche ? J'ai dans la photographie des idées mais je bute souvent sur la technicité ou la difficulté matérielle de mise en œuvre, souvent très onéreuse. L'écriture est à l'inverse très dépouillée, requiert peu de moyens pour une liberté largement supérieure, et un plus grand défoulement intérieur. Le travail pour ce site me demande énormément de temps et de disponibilité. La croissance de la fréquentation et les retours que j'obtiens sont très satisfaisants, mais il est aujourd'hui impensable d'envisager un projet de plus grande envergure en continuant ainsi. D'où mon hésitation à persévérer, bien que d'un autre côté, je n'ai actuellement ni la force d'âme ni la véritable volonté de laisser tomber : j'ai aujourd'hui 30 ans et peut-être serait-il temps que j'accepte de me satisfaire d'un état de lieu au présent.

Sur ces tergiversations introspectives assez narcissiques, je vous souhaite un joyeux Noël et vous dis  à bientôt...
peut-être...

L'Affreux Jojo

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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 16:41
Henri.    Mais si, il sait très bien, seulement nous ne voulons pas qu'il sorte de son lit.
Sonia.    Il est incapable de se servir tout seul à boire.
Henri.    Il est tout à fait capable mais il n'a pas le droit de sortir du lit.
Sonia.    Arnaud ne sait pas se servir à boire tout seul.
Henri.    Bien sûr que si !
Inès.      A six ans, on sait se servir à boire tout seul.
Sonia.    Pas notre

La porte s'ouvrit brutalement, interrompant notre lecture. Un petit bonhomme à l'âge indéfinissable, aux cheveux de fer, au nez épaté et au front buriné par des années de labeur fit irruption dans la salle de classe en maugréant. Je me raidis, mal à l'aise. Sa longue blouse bleue et le chariot qu'il poussait, comportant des détergents, un seau de plastique rouge dans lequel barbotait une serpillière, attestaient de son emploi de technicien de surface. Sa tâche quotidienne à l'université Dauphine consistait à nettoyer les salles du premier étage de l'aile B, afin qu'élèves et professeurs puissent le lendemain, à coups de craies balancées, de canettes écrasées, de papiers de barres chocolatées, de brouillons froissés et de chewing-gums mâchouillés, tout re-saloper avec l'effronterie de garnements mal élevés, assurés qu'ils étaient, enfants trop gâtés, qu'il y aurait dans les interstices du temps un larbin sans visage responsable de tout laver. Ce qui était vrai.
Nous squattions cette salle de faculté tous les lundis afin de répéter : il était 22 heures et nous étions tombés dans les coulisses. L'agent bâtisseur de lendemains meilleurs, tel un farfadet habituellement invisible aux yeux des mortels, cligna des yeux surpris devant nos visages interdits. Embarrassés par cette intrusion impromptue, nous interrompîmes tout à fait le premier acte des Trois versions de la vie de Yasmina Réza. L'irritation succéda à l'étonnement dans le regard de l'étranger devant notre présence en cette heure avancée du soir ; et de pousser par à-coups violents son véhicule afin de reprendre possession du territoire. Baragouinant des mots inintelligibles, lui conférant un air de demeuré, il tenta de nous faire comprendre que nous remettions en question la propreté des lieux, présente et à venir. Que nous devions partir. Tandis que l'un d'entre nous parlementait, l'assurant de notre départ imminent, nous échangeâmes des regards amusés. Je souris d'un sourire métallique et forcé, complice hypocrite, alors que mon malaise s'accentuait. Nous restâmes silencieux et moqueurs, tandis que l'homme passait la serpillière pour faire la moisson des déchets journaliers. Puis il partit.

Ses yeux baissés m'avaient à peine effleuré, j'étais pour lui un anonyme au visage flou parmi tant d'autres. Pourtant, moi, je l'avais reconnu. Je l'avais vu pour la première fois il y a presque dix ans. Depuis ce temps, j'avais aligné les diplômes avec mentions, puis, quittant Dauphine, j'avais suivi un troisième cycle à Polytechnique. J'avais immédiatement trouvé un emploi intéressant et mes connaissances et compétences s'étaient multipliées : j'étais devenu un jeune cadre dynamique. Depuis dix ans, j'avais mûri, gagné en assurance et en prestance, mon salaire, qui d'entrée devait être largement supérieur au sien aujourd'hui, avait fortement augmenté. Profitant de mon confortable niveau de vie, j'avais développé ma passion du geste, de l'image et des mots ; j'avais repris le piano, élargis mes cercles de relations et d'amis.
Il y a presque dix ans, c'était lui, déjà lui, qui, jour après jour, errait dans les couloirs de l'Université en poussant un chariot, un seau rouge dans lequel barbotait serpillière et détergents, pour nettoyer les salles du premier étage de l'aile B. Invisible de tous et même des secondes : c'était un naufragé du temps.

Ses pas s'estompèrent dans le couloir. Nous reprîmes bien vite la répétition.

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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Une erreur s'est glissée dans mon précédent récit : en effet, dans le Science & Vie n° 1057, la publicité pour Télé Poche ne suivait pas le dossier sur la réalité page 68, mais l'article sur la résolution du paradoxe de l'œuf page 130. Celui-ci s'exprime en peu de mots : un œuf dur non épluché, couché sur une surface plane, auquel on communique une impulsion de rotation se dresse sur l'une ou l'autre de ses extrémités. Keith Moffat, physicien et mathématicien anglais de 70 ans, s'est penché par hasard sur ce problème, mû par une curiosité infantile, pour tenter de comprendre le pourquoi du phénomène et expliquer en équation ce comportement curieux. Pendant plus de quatre ans, les recherches ont battu leur plein, suscitant un vif intérêt dans la communauté scientifique et provoquant une synergie de collaboration internationale. Si l'explication finale de deux pages compte seulement 16 équations, le premier jet n'en contenait pas moins de 300. D'après les simulations informatiques, la composante de réaction de la surface plane s'annulerait même par instant : l'œuf décollerait brièvement. Cependant, aucune observation concrète (par exemple, filmer véritablement l'œuf tournoyant) n'est venue corroborer cette hypothèse, de fait purement théorique.

Cette importante rectification faite, je dois aller m'allonger : ma vision se trouble, le monde se dépixellise et le vertige me gagne à nouveau... Autant de symptômes d'une nouvelle crise d'irréalité.

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15 octobre 2005 6 15 /10 /octobre /2005 23:00
"Et si tout n'était qu'illusion ? Si rien n'existait ? Dans ce cas, j'aurais payé ma moquette beaucoup trop cher."
Woody Allen, Dieu, Shakespeare et moi


Ma montre Swatch Irony noir et acier à quartz acheté 60 euros hors taxe dans la zone duty free de Roissy sud affichait 11h54. Il était l'heure de partir. Je mis mon ordinateur Dell Lattitude D600, un portable fabriqué en Irlande doté d'un processeur cadencé à 1,2 gigahertz, en veille. Je saluai mes collègues. Descendis l'étage en empruntant l'escalier, vingt-trois marches, malgré l'araignée noire d'une taille gigantesque, car non nulle, collée au mur depuis treize jours. Je dépassais le chantier du rez-de-chaussée où s'affairaient des ouvriers en cols bleus, aux mains calleuses et aux visages burinés, pour faire jaillir des locaux vides de nouvelles cloisons délimitant de nouvelles cages modernes : quatre murs blancs, des prises réseaux éthernet haut débit, des lignes téléphoniques et des tables blanches, le tout balayé par des ondes Bluetooth et WIFI.
Je badgeai la porte de ma carte professionnelle à puce sans contact pour sortir. Pris le volant de ma voiture 799 CBX 92 pesant 1,255 tonne à vide, mise pour la première fois en circulation le 28 octobre 1999. Je sortis de la Z.A. du Petit Nanterre, naviguai sans trop d'excès de vitesse en écoutant There there, la 9ème chanson durant 5 minutes et 23 secondes du fabuleux album Hail to the Thief de Radiohead. Le tunnel de la Défense, dont la voûte soutenait un titanesque enchevêtrement de câble, gravas et canalisations, débouchait sur le Pont de Neuilly. Je me garai avenue de Madrid sur une place interdite, risquant effrontément 35 euros d'amende.

Aucun amas humide de cristaux en suspension dans l'atmosphère ne bloquait les rayons émis par l'étoile naine distante de 149 597 870 kilomètres, dont la lumière, 3,826x10exp26 watts quand même, nous parvenait en 8 minutes : le soleil brillait dans le ciel immaculé. Le temps était magnifique.

La portion de l'avenue Charles de Gaulle comprise entre les stations Sablons et Pont de Neuilly constitue une zone d'affaires où prolifèrent les cabinets d'avocats, les banques, les compagnies d'assurance, bref, les sociétés brassant de grandes quantités d'argent. A l'heure du déjeuner, ce quartier fourmille d'hommes et de femmes dynamiques aux revenus relativement élevés se mêlant sans dépeindre à la faune des autochtones. Les costumes cravates parfaitement ajustés sur des torses bombés succèdent à des tailleurs moulant parfaitement ajustés sur des jambes élancées. Les coupés cabriolets allemands se garent en double file, les talons hauts et semelles ferrées claquent le bitume d'un rythme décidé, les sourires immaculés, bijoux et mollets galbés scintillent dans la chaleur. Les peaux sont soignées et maquillées, les corps embaument des arômes chers et capiteux, les vêtements sobres mais tendances froufroutent, les chevelures soyeuses ondoient, les croupes chaloupent et les muscles roulent. Hommes et femmes s'apostrophent, s'embrassent avec des accolades outrées, se parlent d'une voix légèrement trop forte. Dans cette effervescence flotte le plaisir naturel d'être, de la dépense et du paraître. Et à raison : l'argent rend indiscutablement plus beau. En filigrane de ce spectacle donné chaque jour sur les planches de Neuilly suinte le parfum du pouvoir, de la domination et donc du sexe.
J'éprouvais pour ce milieu la répugnance fascinée de celui qui, malgré son désir, n'avait jamais pu s'y intégrer, prisionier de mon sarcasme. Comme un gaucher s'efforçant à écrire de la main droite, j'avais renoncé à m'y sentir à l'aise, sans une nostalgie profonde pour l'impression de facilité qu'il dégageait. Un détachement factice m'avait toujours relégué au rôle de spectateur moqueur.

Pour l'heure, j'attendais Fabien avec qui j'avais rendez-vous au Paradis du Fruit pour déjeuner. Les vitres du restaurant renvoyaient mon reflet que j'esquivai pour m'absorber dans la contemplation passionnante de mes lacets. Chahuté comme un petit enfant par la foule pressée, je m'écartai de quelques pas timides vers la papeterie. Mon regard vagabonda sur la devanture et s'arrêta sur la couverture du numéro d'octobre de Science & Vie. Je me figeai devant le titre du dossier.

"Le monde existe-t-il vraiment ? De plus en plus de physiciens en doutent. Et si tout n'était qu'une hallucination ?"

Bah merde alors.

Les jambes flageolantes, je titubai à l'intérieur pour acheter la revue. Le monde vacillait et j'eus la subite impression que la réalité gondolait et se décollait de ma rétine. Ce vertige fugace m'avait déjà effleuré lorsque ma santé avait été drastiquement plus mauvaise ; la douleur me permettait-elle en ces occasions de déchirer le voile de l'illusion ? Je ressortis, magazine en mains, et contemplai le monde, potentielle fiction. Yeux écarquillés, je portai le regard impudique d'un enfant sur les passants. Avec la lucidité d'un fou, je fixai les détails et admirai le travail dont l'infinie précision n'avait d'égal que l'acuité de mes sens.

J'appris en lisant l'article page 68 que c'était précisément le cas.

L'ouvrage de vulgarisation Le cantique des quantiques m'avait initié dix ans auparavant aux rudiments théoriques de la physique de l'infiniment petit. Tout repose sur la dualité ondulatoire et corpusculaire de la lumière : le photon est-il une onde ou une particule ? Les deux mon Général. De là découle la remise en cause absolue du fondement de la matière lorsque l'échantillon atteint une taille élémentaire, pour aboutir à une représentation de l'atome totalement différente et paradoxale : finie la vision des électrons tournoyant autour d'un noyau telle que nous l'imposent les barils d'Ariel ; non, la matière serait une superposition d'ondes probabilistes définissant des états distincts co-existant simultanément, constituant autant de réalités parallèles. Notre regard en déterminerait une parmi d'autres : tant que nous n'avons pas soulevé le gobelet, les cinq dés du Yatzee réalisent toutes les figures possibles. L'observation fige la réalité, ou plutôt une réalité, réduisant le paquet d'ondes à un seul état mesurable car mesuré ; comme si de nos yeux jaillissait un rayon laser de dessin animé, non pas destructeur mais au contraire structurant. Gobelet soulevé, je garde le brelan de 4, le 6, je relance le 2. Ainsi, puisqu'il est impossible de décrire le monde sans l'observer, et puisque l'observation altère le résultat, la physique quantique remet en cause la notion d'objectivité.

Fabien n'arrivait toujours pas, il était 12h29 et dans une minute le menu déjeuner plat+boisson du jour allait passer de treize à seize euros.

Les états probabilistes de particules élémentaires s'étant croisées sont inéluctablement liés, ce que Michel Houellebecq applique aux destinées humaines dans son deuxième roman. Toute observation sur une particule lève instantanément l'indétermination des autres, quels que soient leurs éloignements : l'information est comme téléportée. La physique quantique bouleverse donc également notre connaissance de la trame de l'espace et du temps, sans pour autant justifier le retard de Fabien. Mais puisque les physiciens se questionnaient depuis le début du siècle dernier sur l'existence même de ce monde sans conscience pour le percevoir, qu'allait apporter le numéro d'octobre 2005 de Sciences et Vie ?

Les scientifiques changeaient aujourd'hui leur angle d'attaque : les données déchiffrées par nos sens constituaient peut-être une illusion et la réalité, qui n'était que l'information que nous avions sur elle, ne se réduisait peut-être qu'à cette information. Notre perception, en tant que concept intangible, était l'unique support du tangible. Socrate n'avait pas poussé assez loin son raisonnement : rien ne projetait d'ombres sur la paroi de sa caverne.

Une femme me bouscula, me sortant de ma rêverie et de ma lecture. Coup d'œil à ma montre, 12h37. Le menu à tarif réduit, foutu. Je me replongeai dans la revue.

Ainsi, mon chat n'était pas gris : c'était l'information issue de mon chat qui véhiculait la perception de la teinte grise, si tant est que tout le monde s'accorde à dénommer "gris" cette couleur. Bah cela changeait tout. Il y avait pire : mon chat n'existait peut-être qu'à travers mon regard, il n'avait pas d'existence propre en dehors de l'interprétation de 0 et de 1 par mes sens. Pourquoi me réveillait-il en miaulant à 4h du matin ? Et il y avait encore pire : si dans le film Matrix, les hommes étaient maintenus sous le joug d'une illusion générée par des entités ennemies, nous étions probablement dans la réalité victime du jeu de notre propre conscience. Notre perception collective tissait la matrice. Alors pourquoi donc étais-je petit ?

Succédait à cet article une publicité pour Télé Poche.

Je relevai la tête. Fabien était là, devant moi, tout sourire. Je ne l'avais ni vu ni entendu arriver : concentré sur ma lecture, le monde avait disparu à mes sens. Un doute s'insinua en moi tandis que je le saluais : était-ce véritablement lui, ou bien mon esprit projetait-il cet homme ? Son retard était-il une coïncidence ou le fruit de mon désir de finir l'article ? Par-delà l'illusion de mes sens, s'appelait-il Robert ? Y avait-il seulement un véritable Fabien ? N'était-ce qu'un être imaginaire réapparaissant lors de nos rencontres, doté d'une personnalité et de faux souvenirs à chaque fois recomposés ?
Nous pénétrâmes dans ce qui semblait être le restaurant et nous installèrent. La cohorte habituelle de pétasses attablées, qui participait au charme de la place, se jaugeait avec défiance dans une délibération tacite du concours narcissique de la plus séduisante. Je balayai l'endroit d'un regard total et froid qui tentait de déchiffrer la trame sous-jacente. Fabien me parlait, je répondais machinalement, attentif aux sons derrière les bruits, aux paroles derrière les tons. A mes sens ouverts se déversait un torrent bouillonnant et indistinct d'informations. Je me concentrai pour tenter d'altérer le monde par ma seule volonté, de le recorréler selon mon désir. Je me tortillais sur ma chaise en vain sans savoir quel muscle actionner.

Fabien se tut, bouche bée, lorsque notre serveuse apparut. Je compris bien vite son silence : une jeune femme élancée au teint bistre nous tendit les cartes. Ses yeux vermeils nous dardèrent avec intensité. Son nez busqué et ses traits anguleux évoquaient la noblesse égyptienne antique, et de son port altier émanait la fierté de ce peuple qui, loin de l'arrogance, forçait admiration et respect. Cette froideur contrastait avec un charme sympathique et un charisme bonhomme. Elle s'éloigna à pas félins effleurant le sol. Son pull-over écru aux mailles serrées découvrait ses épaules tavelées de caramel, son jean à la trame élimée jouait de ses bleus dégradés sur une croupe parfaite. Sa peau satinée invitait la caresse légère, sa gorge sombre et crémeuse conviait le souffle. Je devinais, juchées sur sa poitrine généreuse, des aréoles petites et grumeleuses, qui tangueraient sous ma langue tandis que ses jambes fines s'enrouleraient autour de mes reins en une douce étreinte. Son corps entier semblait ciselé dans un bloc brut de féminine sensualité. J'eus l'envie de la frôler, de la palper, de la pétrir, de la humer, de l'écouter, de la goûter, de la mordre, de l'aimer, violemment, passionnément, tendrement, de me fondre en elle.


Les brumes quantiques qui polluaient mon esprit se dissipèrent et je fus replongé dans mon corps, plaqué dans le monde physique inaltérable, rigide comme mon sexe. L'accélération brutale du désir, comme une brûlure aux tripes, me fit ré-adhérer à la seule et unique réalité ; et si elle n'existait pas, tudieu, il fallait continuer à l'inventer.
 

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20 août 2005 6 20 /08 /août /2005 23:00
" Fonctionnement :
1 - Installez l'application sur votre ordinateur.
2 - Connectez le câble USB dans un port disponible sur votre ordinateur.
3 - Lancez le logiciel. L'application vous guide tout au long du processus de création et d'enregistrement du profil du moniteur.
4 - Lorsque vous ne vous servez pas de l'instrument, rangez-le dans un endroit sûr et non poussiéreux. "

Je relus une seconde fois le guide d'installation de la sonde colorimétrique dont je venais de faire l'acquisition. Le but : étalonner les couleurs du moniteur afin que les couleurs perçues à  l'écran soient rigoureusement identiques à celles d'un tirage papier. Qui ne s'est pas penché sur un tel problème ne pourra en saisir la savante technicité : profil d'acquisition des périphériques d'entrées, profils colorimétriques des moniteurs, espace de couleurs sRGB-IEC61966-2.1, gamut 2.2, format d'épreuves des périphériques de sortie, compensation colorimétriques et engraissement de l'encre... la chaîne de couleurs : autant de notions à prendre en compte pour obtenir des images fidèles, ce qui m'éviterait à l'avenir de déchirer des nus de Natacha dont les tétons grumeleux, hirsutes sur ses formes parfaitement rebondies, étaient intégralement plongés dans l'ombre... J'avais donc acheté cet étrange objet aux formes ovoïdes sub-terriennes se collant sur l'écran tel un parasite assoiffé d'énergie, mesurant les informations d'une mire logicielle fournie afin d'obtenir la compensation colorimétrique tant attendue. J'approchais du bout du tunnel : un écran étalonné était la clef.

" 1 - Installez l'application sur votre ordinateur ".
J'insérai le disque et installai l'application sur mon ordinateur.
" 2 - Connectez le câble USB dans un port disponible sur votre ordinateur. "
Je connectai le câble USB dans un port disponible sur mon ordinateur. Je suis un garçon plutôt docile. Une fenêtre jaillit et afficha ce message rassurant : Détection automatique X-Rite DTP94, copie en cours. De petites feuilles s'animaient en s'envolant vers une destination inconnue.

"Erreur : fichier introuvable."

Règle numéro un : ne pas s'énerver. J'inspirai profondément.

De réessayer, d'inspecter le disque à la recherche du pilote manquant, de trifouiller plus ou moins adroitement dans les replis du système rebelle afin d'explorer toutes les tentatives possibles du quidam lambda que je suis, somme toute rompu à l'usage d'un PC, pour configurer un périphérique dont l'installation ne se passe désespérément, tragiquement pas, si traditionnellement pas comme prévu putain.

Règle numéro un : ne pas s'énerver. J'inspirai profondément en tremblant.

J'allai sur le site Internet du fabriquant en maugréant, à force de recherche trouvai une page référençant mon problème, proposant une solution à grand renfort de photos d'écrans vicieusement absentes putain de bordel. Une autre page m'indiqua les heures d'ouverture du support téléphonique, du lundi ou vendredi de 10h à 17h, heures auxquelles je ne pouvais être devant mon ordinateur pour suivre leurs instructions. J'envoyai un courrier électronique au constructeur ; après quelques échanges ils me notifièrent  avoir bien noté mon problème, leur distributeur allait me rappeler. Le distributeur ne me rappela pas putain de bordel de merde.

J'appelai en dernier ressort la boutique où j'avais acheté l'engin récalcitrant. Vous avez un Mac ou un PC ? me demanda le vendeur. Un PC. Oui bien sûr, pourquoi ai-je posé la question renchérit-il aussitôt, les problèmes que nous rencontrons sont toujours sur PC. Malheureusement notre spécialiste est en vacances, pouvez-vous rappeler la semaine prochaine ? C'est plus simple sur Mac ? Oui, c'est plus infiniment plus simple sur Mac.

Il y a des instants où l'on ressent comme un glissement, une cassure psychologique s'accompagnant d'un picotement électrique remontant l'échine et hérissant légèrement la racine des cheveux. Je sentis en cette minute décisive cette fracture tectonique dans mon esprit.

Gonflé d'une pulsion rageuse presque sexuelle de dépenser, j'allai le week-end suivant à la Fnac des Ternes, à l'heure où la campagne n'est plus si blanche, descendis au rayon informatique, me postai devant les Apple blancs immaculés que je reluquai comme un pervers libidineux posté un samedi midi à la sortie d'une maternelle : c'est tout petit tout mignon tout serré, cela n'a jamais servi et cela ne demande qu'à être tripoté.
Un vendeur s'approcha de moi. Je peux vous aider ? Oui, cela swap*, un Apple ? Oui, répondit-il un peu étonné. Ok, je prends ça, repris-je en tambourinant d'un doigt sec un Powerbook 12'' Combo. Voulez-vous une extension de garantie ? Ce n'est pas solide Apple ? Si, comme le reste. Alors non. Je pris la facture et me rendis avec allégresse en caisse, le sexe lové et gonflé dans mon slip, pas tout à fait roide mais presque, fis gicler la carte bleue de son fourreau de cuir et tapai avec détermination mon code pour décharger mes euros au crédit du magasin.
Je rentrai chez moi grisé par un sentiment de puissance, Veni Vedi Visa, je suis venu, j'ai vu, j'ai payé, cette satisfaction béate de la dépense boulimique, qui, à l'inverse d'une joute charnelle, n'est pas suivi d'une dépression post-coïtale : bien au contraire, si l'argent était dépensé, l'énergie dépensière, elle, farouche et violente, était intacte, et, tandis que je branchai mon nouveau portable pour charger ses batteries, elle devint amère et harassante, contractait mon visage en une moue frustrée, noircissait mes orbites du fond desquelles mon regard assassin poignardait de manière erratique tout ce qui tombait à sa portée. Les mâchoires serrées et craquantes, dans la touffeur de cet après-midi d'août, j'avais besoin de quelque chose sur lequel taper stupidement, d'un nouveau gros joujou à acheter inutilement, d'un sport impossible à pratiquer frénétiquement. D'une femme à aimer violemment.

La charge effectuée, j'allumai mon nouveau compagnon. Je fis rapidement le tour du système amical et vierge, dont les couleurs chatoyantes caressait mon œil et accroissait mon exaspération. De mon PC, je cherchai sur Internet des applications Apple à installer. En vain. Ma fureur contenue continuait son œuvre de destruction, j'étais exténué. J'envoyai un courrier électronique piteux à mes camarades afin de quémander les logiciels basiques dont j'avais besoin.
En attendant leur réponse, je rappelai la boutique. Est-ce que vous avez essayé de réinstaller le logiciel ? Non. Est-ce que vous pourriez le faire ? Mais il fonctionne très bien. Cela ne coûte rien d'essayer. J'obtempérai, fis redémarrer Windows, sceptique, et celui-ci, devant mon incrédulité, reconnut la sonde. Le logiciel marchait, je n'avais pas eu l'idée de le réinstaller, balbutiai-je. Cela arrive, me répondit-il d'une voix condescendante de maître. Cela aurait été plus facile sur Mac, non ? Je veux dire, il y a moins de problème sur Mac n'est-ce pas ? Je bredouillais cette question inutile dans l'espoir absurde de me rasséréner. Non, il y a autant de problème, c'est vraiment pareil.

Je raccrochai, l'œil terne, tous mes muscles affaiblis par cette dépression post-coïtale, finalement si, la voilà, qui n'a été précédée d'aucune jouissance si ce n'est celle, éphémère, d'une dépense stérile. Je me retournai vers le petit portable, vierge effarouchée inaccessible, qui me narguait, puis retournai à mon premier amour, mon PC, pour étalonner son écran. Afin de pouvoir continuer à travailler et oublier.




* Utilisation du disque dur comme mémoire vive lorsque celle-ci est pleine, ce qui permet d'utiliser plus de mémoire que l'ordinateur n'en a réellement. [NdT]

 
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2 juillet 2005 6 02 /07 /juillet /2005 23:00

En 1999, une illustre inconnue nommée Anna Gavalda écrivit un recueil de nouvelles publié par les éditions Le Dilettante : Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part. Le bouche à oreilles fonctionna à merveille, le livre fut catapulté en tête des ventes. Qu'est-ce qui fit son succès ? La fraîcheur du ton, le caractère quotidien et presque banal des personnages dépeints qui les rendirent familiers et attendrissants auprès du monsieur tout le monde.
Quelques mois plus tard, une fois son assise littéraire bien installée, Anna Gavalda fut engagée par l'hebdomadaire Télérama pour écrire une chronique d'environs 500 signes, ou le paragraphe rêvé d'un auteur : libre d'aborder le sujet qu'elle désirait, régulièrement rémunérée, elle disposait d'une petite niche douillette où, certaine de rencontrer un lectorat dévoué, elle pouvait s'exprimer.

 

J'ouvre ici une parenthèse. Certaines personnes m'ont demandé, à la lecture de ce blog : " mais à quand le livre ? " ce qui est somme toute flatteur et pour cela je les remercie. J'ai écrit en début d'année un manuscrit de nouvelles que j'ai adressé à de multiples maisons d'éditions, qui m'ont toutes dit non sans exception et sans autre explication. Après discussions avec des accointances du milieu, j'ai tiré les conclusions suivantes : d'une part, la nouvelle constitue un genre mort en France, ou plutôt avorté. Extrêmement rares sont les éditeurs se risquant à en publier et celles-ci, le cas échéant, doivent être véritablement exceptionnelles. Cela demeure à mon sens assez paradoxal, car, après avoir interrogé un large panel de connaissances, il s'avère que la plupart des lecteurs aiment les nouvelles. D'autre part, mes "écrits" ne sont précisément pas des nouvelles, mais des récits plus ou moins personnels sans véritable début, milieu ou fin. Enfin, le caractère " exceptionnel " ne doit pas être au rendez-vous, sinon j'imagine que ces éditeurs m'auraient fait des réponses plus détaillées.
"Puisque ce sont des chroniques, pourquoi ne pas rédiger des chroniques dans un magazine ?" me posa-t-on alors comme question. C'est ici que je rejoins mon sujet : précisément car les éditorialistes et autres chroniqueurs sont des personnes privilégiées qui ont déjà fait leurs preuves... le plus souvent avec un roman !
Ecrire un roman ? Je n'ai pour l'heure ni le temps, ni l'abnégation, ni la patience... ni aucune idée !

 

Fermons la parenthèse.

 

Télérama n'a pas engagé Anna Gavalda pour faire du mécénat, mais bien entendu pour profiter de la renommée de la jeune femme. Cependant, écrire 500 petits caractères par semaine, invariablement, peut être à la longue lassant : il faut trouver quelque chose à dire absolument toutes les semaines. Cette lassitude est peu à peu devenue perceptible lorsque ses chroniques ont porté sur... la difficulté d'écrire une chronique ! Sur le manque d'inspiration, ou le rendu de ces billets à temps...

 

C'est aujourd'hui mon tour.

 

J'ai inauguré ce site sur une idée originale d'Obno, batteur mordant de Guilain, qui m'apprit du même coup le concept de blog. Enthousiasmé, je m'astreignis alors à écrire une chronique par semaine, engagement jusque-là respecté. Humeurs, récits, chroniques... de longueurs inégales, d'intérêts inégaux car d'inspirations inégales... Qu'importe ; j'ai depuis tenu parole en trouvant systématiquement quelque chose à dire. Pour quoi et pour qui ? La première question est aisée : le désir d'écrire naît de l'égocentrisme sans borne nourri du plaisir d'être lu ; du désir ou besoin de communiquer, souvent par mimétisme lorsque l'on est passionné de littérature, en utilisant le langage le plus naturel, puisque celui que l'on nous apprend depuis que nous sommes enfants.
Cependant, une question posée il y a quelques jours par un ami m'a laissé sans voix car sans réponse : "qu'en attends-tu ?" Il parlait de mon site d'images mais cette interrogation est directement transposable ici.

 

Pour qui ? La réponse est également délicate.
Le comptage, la statistique, le classement, les scores sont des petites manies typiquement masculines délivrant autant d'informations très souvent inutiles que l'on collecte avec la jubilation débile d'un gamin jouant avec de petites automobiles. (J'ai été cet enfant. Je le suis resté.)
Je garde ainsi un fichier recensant tous les livres que je possède : 322 dans la catégorie " générale ", dont 114 français, 51 américains, 1 argentin, 35 noms d'auteurs commencent par un M, 15 ont été écrits en 1997...

 

Ici, pour m'aider à y voir plus clair, ce site comporte un système de statistiques automatisées. Au 21 juin, date à laquelle j'écris ceci, observons plutôt : 249 pages ont été vues au cours de ce mois. Il y a eu 59 visiteurs uniques. Qu'est-ce qu'un visiteur unique ? Travail et domicile, je compte pour deux par jour. Combien de camarades démultiplient ainsi artificiellement ce chiffre ? Mais poursuivons.
Le nombre de "visiteurs uniques " hebdomadaires est cette semaine de 19, ce qui classe ma popularité à la 6781ème place sur over-blog.
L'article le plus lu ces trente derniers jours est "Asian tells 1 - Manila Sky" (cela ne m'étonne pas !), par 19 " visiteurs uniques ". L'article le plus lu ces sept derniers jours est "La véritable histoire de l'affreux Jojo", 7 visiteurs uniques, ce qui m'étonne déjà plus. 11,9% des lecteurs utilisent l'ancienne adresse http://affreuxjojo.blogspot.com pour accéder à ce site. Le 13 juin a été ce mois-ci la journée record, 7 visiteurs uniques pour 25 pages vues, tandis que le 20 juin, 5 visiteurs uniques ont consulté 44 pages ! Visiblement, parmi eux, se cachait un visiteur occasionnel rattrapant ses semaines de retard...
Nouveau ! Mon blog rank, indicé sur la fréquence des mises à jours, le nombre de pages lues, le nombre d'abonnés à la lettre d'information, le nombre de commentaires est de...

 

2.

 

Ce qui classe mon blog à la 4139ème sur over-blog.

 

2 commentaires ont été postés sur mes articles ces 3 derniers mois.
2 personnes m'ont demandé par téléphone si "Massage" était un récit véridique, et, le cas échéant, quelle était la suite. Oui, c'est un récit véridique.
9 personnes sont inscrites à la lettre d'information et reçoivent un message les prévenant de chaque mise à jour : Romain et Nirm, Xavier. A l'instar d'une auto-enchère sur e-Bay, les 6 autres adresses m'appartiennent... C'est perfide, je sais, mais que ne ferais-je pour voir mon blog rank progresser...

 

Grâce à tous ces chiffres, à quelques exceptions, je ne sais donc absolument pas qui consulte ce site. Et en particulier, qui lit cette annonce tonitruante : il fait chaud, il fait beau, je suis en panne.

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19 juin 2005 7 19 /06 /juin /2005 23:00

A l’heure où l’hyper-médiatisation fait rage, nous ne pouvons plus faire confiance aux informations, quels que soient leurs supports : les faits sont rapportés de manière imprécise et tendancieuse, les images sont retouchées si finement que l’on ne peut déceler les modifications, les ajouts ou les suppressions. La technologie de l’image est sur le point de permettre la réalisation de films avec des acteurs en se passant des acteurs ! L’utilisation de leurs différents rôles dans des films existants suffira bientôt à la confection de nouvelles bobines. Les bobines elles-mêmes sont amenées à disparaître devant le typhon du tout-numérique. Qui peut encore faire la différence entre la réalité et sa copie numérique modifiée ? Comment croire en des images ?


Dans ce contexte, je rédigeai cette semaine et comme cela m’arrive parfois un faux article du journal Le Monde. La recette est très simple :

 

1 - Rédiger un contenu ni trop simple, ni trop technique sur un ton impersonnel. Proscrire toute complication stylistique comme les subjonctifs ou passés simples. 15 minutes.

 

2 - Piocher sur le site du quotidien un article au hasard, de préférence dont la première lettre correspond à celle de l’article rédigée à la précédente étape. 3 minutes.

 

3 - L’envoyer à sa propre adresse électronique. 10 secondes.

 

4 - Attendre la réception dans sa boîte aux lettres. De 1 à 3 minutes.

 

5 - Modifier le contenu par simple copier/coller. 30 secondes.

 

6 - Signer « Joël Colado ».

 

7 - Retransmettre l’article modifié à son carnet d’adresse. 1 minute.


Ainsi, en à peine vingt minutes, j’obtins très facilement un document dont la forme était l’exacte réplique d’un article authentique, images et liens publicitaires compris, mais dont la substance était une supercherie revendiquée. Le courrier tel que je l’envoyai est consultable à l’adresse suivante : http://joelbloch.free.fr/divers/Adobe/Livelook.htm

 

Joël Colado affirmait en résumé ceci : l’éditeur de logiciels Adobe, lors d’une conférence de presse, avait présenté son nouveau logiciel Livelook qui permettait de transposer des modifications numériques appliquées à une image sur la réalité. Il suffit à la démonstratrice de gommer ses rides sur un agenda électronique équipé d’un émetteur d’ondes cérébrales affectant la perception pour que les spectateurs voient réellement ses rides disparaître (ou plus exactement ne les perçoivent plus).

 

J’assortis le faux article de deux photographies : la première montrait Susha, très jolie jeune femme qui animera bientôt la section Portrait de mon site d’images, au naturel de son maquillage. Le second cliché reprenait la même photographie honteusement retouchée : température de couleurs, luminosité, saturation et contrastes. Pourtant, le papier affirmait haut et fort qu’aucune retouche n’avait été effectuée a posteriori, alors qu’un simple regard clamait l’inverse. Non, l’appareil avait capturé dans un second temps la réalité modifiée par Adobe Livelook.


J’envoyais ces balivernes, conscient de la faiblesse que certains amis ne tardèrent à déceler : si le logiciel altérait seulement la perception du spectateur en agissant directement sur son cerveau, comment pouvait-il duper un appareil photo ? Qu’importe, mon but n’était pas d’être crédible mais tout au plus d’amuser ; quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reçus les réponses stupéfaites de personnes ayant cru mes inepties. Comment était-ce possible ?

 

La technologie est de nos jours si complexe et variée que la masse indénombrable, dont je fais partie, ignore bien souvent le comment des choses. Nous vivons dans un monde de magie. Connaissez-vous précisément le mécanisme d’un téléphone, de l’encodage de la voix jusqu’à sa retransmission ? Le fonctionnement d’une télévision, d’un ordinateur ? D’une voiture ? Nous sommes entourés de boîtes noires dont les rouages sont obscurs mais dont le bon fonctionnement est dû. La science semble aujourd’hui si miraculeuse, entre communication haut débit sans fil et décryptage du génome, que l’annonce de technologies farfelues ne surprend absolument plus.

 

D’autre part, cela confirme cette loi du marketing : la forme prime sur le fond. Mon faux article a rencontré l’adhésion à la première ligne, par son logo « Le Monde », sa première lettre stylisée et ses liens publicitaires. Comment douter de sa véracité puisque nous n’étions pas le 1er avril ?


Bien évidemment, nombreuses ont été les réponses sceptiques ou encore réagissant positivement à ma blague. Cependant, l’écrasante majorité revient aux silencieux, abstentionnistes chroniques de mes pitreries. Ils ne les ont probablement pas lues, peut-être pas plus qu’ils ne liront ceci. Dans le doute et pour eux, je rédige cette chronique afin d’éteindre l’incendie.


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Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli