Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 08:53

 

- Que fais-tu de beau à Kiev par ce temps ?

- Écoute, cela faisait un moment que je voulais me remettre à l'écriture, comme une démangeaison pulsant à l'arrière du crâne, se prolongeant en picotements insidieux dans la main. Je regarde par la fenêtre cette neige tomber, sous ces nuages anthracites boursoufflés, et cela m'inspire : je sens mes murs internes se fissurer, le barrage craqueler, les mots tonitruants bouillonner comme un sang violent à mes tympans ;* alors je cède au flot, je jette les idées à corps perdus sur le papier. J'en suis déjà à la 4ème page de mon testament. 

-...

 

Bordel.

 

*Je fais parti du MFDPV (Mouvement Français de Défense du Point-Virgule)

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur Brève Dialogue
commenter cet article
25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 11:13
A Stéphane Albertini

 

Je repense au 13 Novembre avec les attentats du 22 Mars, et je retransmets ici ce que j'avais déjà posté sur les réseaux sociaux.

 

Je ne suis pas fan des partages consensuels sur les réseaux, de la bougie numérique, de la solidarité à peu de clics, j’en ai déjà débattu.
En revanche je tiens à honorer la mémoire d’une des personnes que je connais depuis le plus longtemps, victime des attentats samedi soir.

J’ai été très proche de Stéphane Albertini à l’heure où les premiers souvenirs se construisent, dépassent les images rémanentes des albums photos jaunies : à l’heure de San Ku Kai, Spectroman et Musclor, des divorces des parents, des Treets et Raiders deux doigts coupe-faim.
Les années, la distance nous ont séparés jusqu’à ce que l’on se croise il y a quelques années au restaurant Livio qu’il co-gérait : un grand bel homme souriant, pétillant de charme, suffisamment de qualités pour se faire immédiatement détester par un p’tit cynique comme moi. Sauf que non, Stéphane n’était vraiment pas doué pour cela, ne pas se faire aimer, bien au contraire : il rayonnait d’une confiance sereine, d’une assurance non pas arrogante, mais rassurante et communicante, qui désarmait toute résistance. Stéphane faisait partie des bons. Des good guys.
Nous nous n’étions pas proches mais nous étions en liens réguliers et fréquents via Facebook. Un commentaire par si, un tag par là, un message privé… un pincement régulier du fil de la toile, une vibration, toujours un sourire.

Le fil est rompu, Stéphane, son ami Pierro et beaucoup d'autres ont été brutalement extirpés de notre bulle de réalité vendredi soir, un rappel violentissime du fait que le film projeté sur nos pupilles peut s’arrêter de manière absurde, sans générique de fin, ni logique scénaristique construite. Que cette bulle est minuscule et a des parois si fragiles.

Et putain, ça fait mal, à en être hagard.

Cela sera difficile de retourner chez Livio, sans avoir une boule broyant le fond de la gorge, sans chercher en dépit du bon sens sa silhouette au détour des tables. Il faudra y retourner pourtant.

Je lis « Même pas peur », je lis que "L’amour vaincra », je lis beaucoup de messages positifs.
J’ai peur, j’ai bien peur que tout ceci n’ait aucun sens, que rien n’ait de sens, et qu’il faille serrer les dents, les poings, et au contraire montrer beaucoup de colère mais réfléchie. Voire même, cela lui aurait plu, d’appeler Musclor pour qu’il utilise tout le pouvoir du crâne ancestral.

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 10:20
Préambule : ce récit a été écrit sans trucage. Aucun animal ni individu n'a été blessé durant l'écriture.

*

Sonnerie de l’interphone, sursaut, 8h du matin. Le créneau était de 7h30 à 10h, ils sont matinaux et c’est tant mieux. Je me lève précipitamment, revêts un peignoir et me recoiffe brièvement.
- Oui ?
- Les compagnons d’Emmaüs.
- Quatrième.

Les trois échalas investissent les lieux dans une violente odeur de cigarette nocturne, la mine et la peau cendreuse. Ils me serrent la main, murmurent un salut d’une voix contenue. Le plus âgé, ou plus exactement, le plus abîmé, la peau séchée par le tabac et probablement l’alcool, me jauge avec la sévérité d'un miséreux contemplant avec mépris un odieux Neuillyien en son odieux repaire de salopard de riche. Ils inspectent avec circonspection le canapé qu’ils sont venus chercher, enlèvent avec une précaution chirurgicale la housse du sommier pour constater qu'il y a une tâche de brûlure excentrée. De me rappeler d’un coup d’un seul le micro incendie l’ayant provoqué lors de mon emménagement il y a quatre ans.
- Ah désolé Monsieur, nous ne pouvons pas le prendre, qu'ils me disent d'un air contrit à la limite du dégoût. Leurs regards scrutateurs m’accusent muettement, vous avez maladroitement tenté de nous refourguer vos ordures mais nous ne sommes pas des éboueurs. Et nous ne sommes pas dupes !
Je regarde éberlué le canapé que j'occupe quasi quotidiennement, sur lequel un ami a dormi il n'y a pas si longtemps, canapé à l'assise parfaite qui aurait seulement besoin d'un lavage, canapé abject dans le regard de ces compagnons et qui pourtant, revêtu de sa housse, ne présente aucun défaut.
- Mais je ne comprends pas, balbutié-je sous le coup de la surprise, c'est un bon canapé. Même si vous ne vous en servez pas comme lit, ne pouvez-vous pas vous en servir comme... canapé ?
- Non Monsieur, me répond-il emprunt de la lassitude du professeur développant pour la sempiternelle fois à un élève peu attentif une explication vaine car l'élève n'est ni bon ni attachant, mais dé-ses-pé-rant ; il faut toutefois lui fournir, cette satanée explication car cela fait partie de leur travail dans sa splendide ingratitude. Non Monsieur, nous ne prenons que les objets impeccables.

Le dernier mot résonne avec la fragilité du cristal. Silence.

Exaspérés de s'être déplacés pour rien, ils me saluent avec le minimum de courtoisie et s'en vont dans un soupir tabagique, à travers mon regard fixant toujours le canapé criminel. Son remplaçant sera livré lundi, sans place vide à remplir. La prochaine collecte des objets encombrants est dans dix jours. Il me faudra appeler deux jours avant, et deux jours avant seulement car la responsable à la mairie est dans l'incapacité psychomotrice de tourner la page de son agenda au-delà d'une date, après-demain, qui constitue pour elle l'ultime frontière tangible de la réalité avant le néant. La fin des temps et des possibles.

J'appelle directement Emmaüs, témoigne mon étonnement. Vous habitez où ? A Neuilly. Ah, s'exclame spontanément et sans retenue la voix dans le combiné, oui, c'est encore cet équipage. Nous avons des problèmes avec eux. Il ne s’étendra pas plus mais il est clair que pour ce trio infernal, les donations de ces salopards de richards sont soumises au feu d'une critique bien plus intransigeante que celles des moins favorisés ; car ces salopards de riches pourraient faire l'effort d'offrir mieux, voire de donner du neuf. Pouvez-vous donc envoyer un autre équipage ? Non Monsieur, je suis désolé. Et il semble l’être sincèrement.
Nous raccrochons. Je suis désolé aussi. Furieusement.

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 19:11
« Je ne parle jamais de religion, d’animaux de compagnie ni de maladie aux gens qui ne sont pas concernés. »
Mafalda Sudessi

« Tu es seul. Quand tu souffres, il n’y a que toi qui souffres. On est tous seuls. Tous. Il suffit de le savoir. »
Ma mère

*

- Alors, qu’est-ce qu’il t’est arrivé, pourquoi tu n’es pas venu ?
- Je ne pouvais plus marcher. Littéralement. Je me cramponnais au mur. Ce coup-ci, je ne pense pas que je pourrai couper à l’opération. Et j’avais mal au ventre comme dans les grands moments, ceux où je ne peux rien avaler. Il n’y a rien à faire, ils n’ont rien trouvé. Rajoute à cela qu’à cause de ma nuque, j’avais une migraine épouvantable, j’ai dézingué une boîte d’efferalgent dans la journée.
- …
- Bref, je ne savais plus trop où me réfugier dans mon corps pour m’échapper. Du coup, j’ai un peu… comment dire… Craqué. Et je ne me voyais pas faire bonne figure à un dîner. Voilà.
- Bon. C’est dommage, mais ce n’est pas grave.

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
4 août 2006 5 04 /08 /août /2006 06:22
Je n'étais pas au fond ? Moi non plus je ne connaissais pas le fond

Boire et uriner Demande si  c a d ? Combien de tps ? Il en est où 1h et quelques

Ils vont me transfuser. Ils me l'ont dit.

Salut,
A demain,
Maman


Sonde gastrique aiguille 20 cm dans le cou cousu Ramène moi je me planquerai ds le coffre Dis leur tout
Pas 20-23 mais 22-02
J'ai soif
Avant tout les
soins C'est parce que l'on bête que je ne l'ai pas
Mourir
Jamais d'aussi mauvaise
Oui Laurence

J'ai bu presque une bouteille après
Est-ce qu'une tasse fera ta différence
J'ai froid
Suis censé rester
sans boire jusqu'à ce
qu'on m'enterre m'enlève cette sonde
Appareil sonne parce que mon cœur
est à 49 limite est 50
J'ai froid
A quelle  fréquence et quantité Il y en a au frais Même du thé ? C'est de l'eau Je respire bien qu'avec le grand masque J'ai froid au torse

Mon cou retombe tt le tmps ça a un goût pire craché c'est peut-être mieux uriner j'ai extrêmement boire froid pitié

Non

Je n'ai pas le sentiment mon estomac va mieux depuis que l'on m'a mis la sonde sinon est-ce que mon état s'améliore docteur ? quel est la norme pour la saturation en oxygène ? Et avec O+ ?
Logarithmique

Pour mon retour prévois des litres d'origina thé citron coca  glaçon
Pourquoi Alex
n'est pas rentrée ?
Fais moi un massage de l'épaule et du cou

1 Peut-on mettre le drap sur mon torse et mes bras
2 Peut-on baisser légèrement mon dossier mon cou va exploser
Est-ce qu'elle est au frais
Ils m'ont dit que j'en
avais pour une semaine
Laurence
U
A moins résila lieu
A mon retoursilalieu,
OUI dans un gd bac de glace pilée coca orangina liptonic leamtea

Combien me reste-t-il à boire ?
+ la glace pillée ça fond
je pourrais la boire oui
pourquoi pas grave
Met le brumisateur
dans la glace

J'avais à vous parler


TRES


ILS NE ME LAISSENT PLUS BOIRE


AI-JE DE LA FIEVRE ?



12h00
Minou,
Je te laisse dormir et je reviendrai toute à l'heure. Je t'aime et suis heureuse que tu ailles un peu mieux. Même si tu ne le sens pas.
Maman

Dimanche 20h30
Le Petit Prince a fini par l'endormir. Bonne nuit mon chéri. A demain
M

La vie est si injuste Chaque minute dans ce service est comme un siècle en enfer Il n'y a pas de jour et pas de nuit ils viennent me laver à 2h du matin et me font des prises toutes les 3 heures L'appareil qui prend ma tension me broie le bras toutes les 30 mn Tout le monde est gentille mais je ne vois pas le bout du tunnel bien que tout le monde me répète qu'il est proche Ma faiblesse ne serait-ce qu'à écrire et mon écriture tremblante m'effraie Et tous ces cauchemars qui me hantent...

Salut
Il est 15h. Tu dors. Je t'apporte un petit cadeau choisi par Victoire dans sa collection. Elle lui a fit plein de bisous avant de te le donner...
Tout le monde ici donne des bonnes nouvelles de toi
Je ne pourrai pas passer ce soir
Alexia est avec moi en dehors de l'aquarium pas trop cernée. Elle aussi elle doit dormir
Je t'AIME
Papa

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
13 juillet 2006 4 13 /07 /juillet /2006 17:26
–  Les enfants vont bien. Paul a eu quatre ans, et dans la catégorie des enfants de quatre ans, on ne peut pas faire plus adorable. Il y a eu une période difficile à la naissance de Chloé, j’ai failli le faire passer par la fenêtre quand il a tenté de casser son camion sur la tête de sa sœur, mais maintenant il est à nouveau adorable. Du jour au lendemain. Lorsqu’elle se réveille avant lui, lorsqu’elle se met à crier dans son lit, nous nous levons et nous le retrouvons au bord de son berceau, en train de lui caresser la tête et lui murmurer des mots rassurants. C’est trop choux. Et si le travail m’intéresse moyennement en ce moment – je stagne un peu dans mon poste – cela me procure un grand détachement. Ce qui compte, c’est rentrer chez moi et passer du temps avec ma famille. Me poser, et profiter. Malgré tout j’envisage, si la situation ne se débloque pas, d’aller chercher ailleurs. J’ai même un contact, Alain – je ne sais pas si vous êtes déjà rencontrés… peut-être une fois chez moi – bon, bref, Alain travaille chez Neuf, ils recrutent à peu près mon profil. Pas exactement mais il peut y avoir une opportunité. Il faut voir. Mais comme je te le dis, je ne me sens pas pour l’instant de changer, d’autant qu’Anne n’a pas encore repris – elle reprend en octobre prochain – et nous souhaitons vivre un seul bouleversement à la fois ! Et toi, quoi de neuf ?
–  Une hanche.

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
22 mars 2006 3 22 /03 /mars /2006 02:24

Depuis mes années d’études à l’université, j’ai toujours ce bon vieil effaceur qui m’accompagne partout, attendant sagement son moment dans la poche intérieure de mon blouson.
Il faut prendre l’effaceur, le caler entre le pouce et le majeur, le métacarpe de l'annulaire posé sur la table.
Le pouce s'avance, le majeur recule. Le mouvement doit être exécuté prestement.
Le pouce et l'index doivent alors former un plateau.
Hop, le stylo fait un tour, deux tours, trois tours.
La main s'incline, le majeur se redéploie, le  pouce s'écarte et on rattrape le stylo.
Le pouce s'avance, le majeur recule. Le mouvement doit être exécuté prestement.
Le pouce et l'index doivent alors former un plateau.
Hop, le stylo fait un tour, deux tours, trois tours.
La main s'incline, le majeur se redéploie, le  pouce s'écarte et on rattrape le stylo.

J’entendis les pas de deux personnes dans le corridor derrière moi : la démarche traînante de la fumeuse précédé d’un pas vif et alerte. La porte s’ouvrit avec vigueur.
- Bonjour Monsieur.
Un costume-cravaté me tendit la main, sourire de loup et regard d’acier. Dans les trente-cinq ans, ce sourire étincelant plissait son nez aquilin et striait de petites rides ses paupières encore fermes ; autant de signes de maturité qui lui conférait l’aura de l’homme mûr, de l’argent et du pouvoir, qu’il utilisait avec dextérité le samedi soir en boîte de nuit pour séduire les nymphettes de vingt ans aux traits indéfinis, en mal de sexe facile, d’un tour en Porsche et de sacs à mains Hermès.
- Bonjour, répondis-je simplement en me levant.
- Voulez-vous bien me suivre Monsieur ? Nous serons plus à l’aise dans mon bureau.
Il balaya la pièce d’un regard dubitatif, puis m’adressa un clin d’œil complice : nous étions du même bord, il détestait cet endroit et son odeur de tabac ; il allait s’occuper de moi et tout irait bien, il était mon nouveau meilleur copain, mon affaire était entre de bonnes mains.
Je me levai à sa suite et nous gagnâmes son bureau au troisième étage, à pied toujours. La salle était beaucoup plus spacieuse. Nous nous installâmes dans de larges fauteuils de cuir noirs de part et d’autre d’une table basse.
- Mais je ne me suis pas présenté, dit-il avec emphase, je suis Norbert de la Roche, le responsable des initiatives pour l’insertion des handicapés à Neuilly-sur-Seine. Je serai par ailleurs prochainement nommé responsable des Hauts de Seine très cher Monsieur ?…
- Bloch. Joël Bloch.
Il me sourit. Je lui souris. Nous nous sourîmes.
- Donc ! Il frotta ses deux mains énergiquement. Qu’est-ce qui vous amène Monsieur Bloch ?
- Je voudrais me garer sur les emplacements handicapés. Mais des barrières m’en empêchent.
- Oui. Sourire de plus en plus charmeur. Ces barrières sont faites pour que des personnes non-handicapées ne s’y garent pas.
- Oui, mais je suis handicapé. Je voudrais m’y garer.
- Oui. Certes. Oui. Auriez-vous les justificatifs de votre invalidité ?
De lui présenter aussi sec Macaron GIC et carte d’invalidité. De les détailler minutieusement. Son sourire se fêla.
- Oui. Certes. Oui.
Il avait murmuré. Il se redressa.
- Vous comprenez que seuls les possesseurs de véhicules peuvent se garer sur les emplacements.
- Oui.
Je réprimai l’envie de me gratter la tête.
- Auriez-vous votre carte grise ?
De lui tendre ma carte grise. Il la prit, enjoué, visage nerveusement figé, la détailla, les yeux plissés.
- Afin de remplir correctement votre dossier, il me faudrait un justificatif de domicile.
Je le regardais, étonné, lui, triomphal. Mes élastiques claquèrent à nouveau, je sortis une magnifique facture de téléphone datant de quelques jours. Il se rembrunit, me regarda, yeux couleur neutre à dominante hostile. Nous n’étions plus du tout les meilleurs amis du monde. Une sympathie hypocrite ranima soudain ses traits.
- Mais je ne vous ai rien proposé à boire ! Que désirez-vous ? Thé ? Café ?
- Je voudrais pouvoir me garer sur les emplacements handicapés, répondis-je d’un ton péremptoire.
Il se leva lentement, oui, certes, oui, se retourna pour se diriger vers son bureau, sortant de sa poche une mouchoir pour s’éponger rapidement le front. Il décrocha son téléphone, m’invitant d’un signe de main rassurant à patienter, tout va bien se passer.
- Oui, Monsieur le Maire ?
- …
- Oui. Bonjour, oui. Voilà, j’ai un léger problème. J’ai devant moi ici présent Monsieur Joël Bloch, un handicapé, voulant se garer sur les emplacements handicapés.
- …
- Oui, c’est naturel, oui, c’est naturel.
- …
- Ah ? Oui, oui. Je comprends, oui. A bientôt Monsieur le Maire.
Il raccrocha silencieusement, la mine hagarde et perdue.

Silence.
Se prolongeant.

Il reprit tout à coup conscience de ma présence, se rassit lentement face à moi, le regard fuyant.
- Voyez-vous… ces barrières sont… comment dire… conçues pour empêcher les personnes non-invalides de se garer.
Sa voix blanche avait totalement perdu son assurance, coincée qu’elle était par un gosier étriqué.
- …
Il se triturait les mains nerveusement.
- …
- Oui ?
- C’est-à-dire que, il s’humecta les lèvres, vous allez rire, mais il n’est pas spécialement prévu qu’une personne invalide puisse effectivement s’y garer.

Silence.
Se prolongeant.
Se prolongeant encore. Dans un film, les spectateurs commenceraient à s’impatienter.

- Je vous demande pardon ?
- Oui, en fait, notre but est atteint, mais en fait, les spécifications du projet n’ont pas été forcément très très claires, et… sa voix mourut… il n’existe aucun moyen d’abaisser les barrières protégeant les emplacements.
- …
- Mais j’ai une excellente nouvelle reprit-il d’un ton enjoué annonciateur d’une promotion exceptionnelle sur un robot ménager, Monsieur le Maire m’a assuré que les ingénieurs du Génie Civil travaillent dès à présent pour solutionner cette… hum… impasse…
Il sortit son mouchoir et tamponna de quelques coups secs son front maintenant ruisselant.

Qu’ajouter ? Totalement éberlué, j’acquiesçai et pris congé de cet imbécile, regagnai ma voiture, et décollai de cette mairie absurde, pour poursuivre mon chemin absurde dans ce monde absurde.


Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
23 février 2006 4 23 /02 /février /2006 06:37

Eux

Il y a ceux à qui vous dites que vous n'allez pas bien et qui vont objectivement mieux que vous. Grisés par leur propre bien-être, ils vous répondront que vous n'allez pas si mal.
Il y a ceux à qui vous dites que vous n'allez pas bien et qui vont de toute leur subjectivité plus mal que vous. Du fond de leur misère, ils vous répondront que vous n'allez pas si mal.
Il y a ceux à qui vous dites que vous n'allez pas bien et qui vont aussi mal que vous ; ils vous répondront que pour eux, ce n'est pas pareil et que vous n'allez pas si mal. Mais parfois, ils ne répondront rien, signe qu'ils vont objectivement plus mal que vous ; ils resteront silencieux et pensifs car ils ont saisi avant vous cette vérité : il faut se taire.

Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
10 septembre 2005 6 10 /09 /septembre /2005 23:00
Ce texte peut choquer la sensibilité des plus jeunes, des plus sensibles et des gens non-pourvus d'un sens du 2ème degré qui ne liraient pas le texte jusqu'au bout. Ce message est absolument sérieux, je vous aurai prévenu.

Préface*

 
La girolle (Cantharellus cibarius) est un champignon à chapeau de cinq à douze centimètres, convexes chez les jeunes spécimens, puis en entonnoir, charnu, de couleur jaune pale à jaune orangé.
Son pied mesure de un à deux centimètres, et s'évase vers le haut. Sa chair est ferme, un peu fibreuse, blanche à crème, avec une bonne odeur fruitée. On le trouve en plaine ou en forêts de feuillus, ou de conifère, d'août à octobre.
On peut déguster les girolles en salade, en omelette ou en légume, tout simplement.
Son ingestion, à moins d'une allergie, est absolument sans danger.
La nouvelle qui suit a été écrite après ingurgitation d'une omelette aux girolles, sans qu'aucun effet indésirable n'ait été constaté mise à part quelques rots intempestifs.
 
*
Le type me klaxonne. Je rêve. D'où est-ce qu'on klaxonne quelqu'un parce qu'il freine devant un feu orange devant un flic (unique raison pour laquelle je n'ai pas accéléré. Non pas qu'il me regarde, il s'occupe plutôt à juguler la circulation de l'avenue Foch vers l'Etoile, mais bon, on ne sait jamais).
La voiture change de file et se place à mon niveau, la pôle. Le type est moche, les cheveux gras, les traits épais, le regard stupide et hargneux comme celui de Laurent Baffi : la tête d'un Français moyen et médiocre, confis dans sa connerie. Il me balance une insulte : " Pédé va ! ".
Mon sang ne fait qu'un tour :
- T'aimerais bien, pouffiasse.
Il s'énerve, continue ses invectives. [Non, des mots plus simples.] Il s'énerve et continue son torrent d'insultes. Je bouillonne de colère mais simule l'amusement en le toisant. [J'ai dit : plus simple !] Je bouillonne de colère mais je fais semblant d'être amusé en le dévisageant. Il s'arrête, bouillant aussi. Il me demande :
- Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ? Tu crois que tu m'impressionnes ?
- Nan, mais je te trouve mignonne ma chérie.
- Espèce de sale pédé.
 
Il remet ça. Me traiter moi, de pédé. Non, je ne suis pas homophobe, j'ai même des amis homosexuels que je fréquente malgré le dégoût qu'ils m'inspirent : quand ils me regardent, j'imagine qu'ils s'imaginent entrain de m'enculer. C'est assez désagréable. Et cela provoque un certain malaise dans le discours. Malgré cela, je les tolère et j'ai même développé des liens d'amitié, si tant est que l'on puisse avoir des relations amicales avec ces gens-là : c'est un peu comme la légendaire amitié homme/femme, il y a toujours un soupçon d'ambiguïté si les deux sont hétéro. En tout cas si l'homme est hétéro, encore plus si c'est moi : je suis tellement obsédé que j'interprète le moindre sourire d'une femme comme une invitation à la violer.

Donc non. Je ne suis résolument pas pédé. D'autant que mes fantasmes sexuels tournent plutôt autour de lesbiennes chaudasses qui jouent à domine-mi domine-moi : genre des top-models magnifiques organisant des soirées privées interdites aux hommes, où elles se font lécher tout le corps. [Aller plus loin.] Genre des top-models magnifiques organisant des soirées privées interdites aux hommes, où elles se font lécher tout le corps et surtout la chatte bien profondément par des models-mais-pas-top, bombasses quand même, soumises, à qui elles font miroiter gloire et succès. [J'ai dit : plus loin.] Mais pour ça ma chérie faut mettre la langue dans le cambouis. [Plus de détails scabreux.] Menottes, godemichés, fouets et cravaches, le tout sur une plage aux Maldives pour avoir ces scènes d'orgies sans fin sur un décor sympa. Les top-models sont insatiables, les esclaves souffrent et gémissent et lèchent, se font tartiner de foutre par moi qui suis la seule exception masculine admise sur cette île paradisiaque. [Sombrer dans le vraiment crade.] A l'exception près de cette jeune fougueuse récalcitrante qui refuse de lécher la patronne sous prétexte qu'elle n'est pas lesbienne. Est-ce que quelqu'un lui a demandé si elle était lesbienne ? Est-ce que quelqu'un t'as demandé si tu étais lesbienne ? Si ? Non ? On lui ordonne de lécher, de s'en coller plein la langue et le visage, de masturber vigoureusement les sexes moites de ses joues, de son nez, de sa langue, et on ne lui demande rien d'autre. Alors pour elle, rien que pour elle, les top-models vicieuses organisent un marathon de la bite : puisqu'elle préfère les hommes, elle en aura, tiens, des hommes. Quarante-deux colosses bien alignés, le sexe raide, près à éjaculer dans sa bouche. Adriana Karembeu la coince entre ses jambes porte-avionesques, seins pressés dans son dos, lui susurre des insanités à l'oreille [Vocabulaire plus simple.], lui chuchote des cochonneries à l'oreille, tu l'as voulu tu l'as eu ma petite pute, tandis que sa main experte masturbe tour à tour les quarante-deux bites fourrées jusqu'au gosier de cette récalcitrante aux yeux exorbités. Plus que vingt-quatre ma chérie. On t'y reprendra à rechigner !

J'en vois déjà qui font des remarques désagréables. Je tiens à lever toute ambiguïté : ces quarante-deux hommes n'ont aucune existence tangible en tant que tels dans mon fantasme. Pas de visages. Ils ne représentent qu'un organe de domination utilisée par des femmes en vu de soumettre d'autres femmes : bouches entravées, elles ne peuvent se soustraire à ces pénis. Mais ceci n'est qu'une petite parenthèse à ces scènes d'orgies sans fin de femmes gémissantes, [Insister très lourdement.] visages enfoncés entre des jambes sculpturales et huilées, encastrés entre des fesses rondes et huilées, langues enfoncées dans des vulves épilées et huileuses ou contre des tétons hirsutes et huilés. La salive de leur bouche se mêlent en bouillonnant à la salive de leur sexe. Adriana Karembeu, plus que douze ma chérie et celui-là tu as intérêt à déglutir au fur et à mesure, je le connais, il a un sacré débit, et ses consœurs sont toutes de la partie, vite rejointes par les stars féminines des films porno-chic-ou-moins qui s'amoncèlent sous mon lit.

Le tout dure depuis des semaines quand mon réveil sonne le matin. [Bon moment pour caser une réflexion sur le quotidien.] Alors je me prépare et je vais travailler, comme la plupart des humains du monde occidental, pour m'occuper : tout homme qui pense à autre chose qu'au sexe est un menteur, le travail étant uniquement une diversion pour empêcher l'humanité de sombrer dans un chaos orgiaque : il faut se concentrer pour penser à autres choses qu'à baiser. C'est efficace, quand je vois la tête de mes collègues essentiellement masculins, ma bite rétrécit dans mon caleçon. Et quand je vois la tête de mes collègues féminines, j'ai l'impression que ma bite disparaît.

Alors me traiter MOI de pédé, je me marre... Je dirais oui à tout plutôt que me faire enculer, même par un top-model équipé d'un godemiché. [Toucher le fond du crade.] Moi-même je n'aime pas sodomiser les femmes : ce qui me dérange, c'est l'idée d'avoir de la merde sur le pénis. Au-delà du dégoût des hommes, dans l'autre sens, j'imagine encore moins qu'on me la pousse.
[Indispensable : cracher sur une star.] Enfin quand je dis tout... si j'ai le droit à une anesthésie locale de l'anus, je préfère quand même cela à un entretien avec Marc-Olivier Fogiel. Quoique, même sans anesthésie : on doit, en sortant, se sentir moins sale. D'autant qu'à tous les coups, ce petit minet en est un, de gros pédé : il a le même petit air obséquieux et faux que Philippe Vandel.
 
Je redémarre, furibond. [Vocabulaire plus simple !] Je redémarre, en colère. [Inclure des réflexions métaphysiques sur la place de l'homme dans l'univers.] Une grande lassitude m'envahit. Tout à coup je me dis que la planète Terre flotte dans l'univers au milieu d'une infinité d'étoiles, existe depuis cinq milliards d'années et existera pour quelques autres milliards d'années. Je suis né, je vais mourir, et entre les deux je passe la moitié de ma vie à dormir, l'autre moitié à m'emmerder au bureau, à fantasmer sur Adriana Karembeu en chaudasse lesbienne, plus que deux ma chérie, on tient le bon bout, et à me faire traiter de pédés en voiture par des imbéciles médiocres.

[Finir sur une note désabusée.] C'est décidé : je retourne en boîte ce soir, et dans les vapeurs d'alcool et de drogue, je vais lever une bourgeoise de dix-huit ans, lui fourrer ma langue dans la bouche, ma bite dans la bouche et éjaculer. Cela me changera de mes kleenex bon marché. Et cela me calmera au moins jusqu'à demain : comme aux Alcooliques Anonymes, un jour à la fois, c'est ma devise.
 
Postface
 
Je viens de mettre le point final à ce récit. Un arrière goût âcre colle à mon palais : celui de la compromission. J'ai craché mon venin sur quelques stars, je me suis montré homophobe ; j'ai parlé sexe, cul et fantasme de manière la plus crue et j'ai calé quelques réflexions creuses sur la condition humaine.

Je me sens sale. Je n'ai jamais rien écrit d'aussi plat et crade, tant sur le fond que sur la forme. Une boule se noue au fond de ma gorge, cela me prendra quelque temps mais je vais finir par assumer. Car je me devais de le faire : me prouver que je pouvais me hisser au niveau des Nouvelles sous Ecstasy de Frédéric Beigbeder.

*Ce texte a été approuvé par 100% de son comité de lecture. [NdT]

 
Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article
3 septembre 2005 6 03 /09 /septembre /2005 23:00
Le lundi 22 août 2005 à 21:27:02, je reçus un message de mon beau-frère sur mon téléphone indiquant :  On est à l'hôpital." "Le travail a commencé ?" "Oui. "

Je dînai brièvement avec mon père dans une effervescence brumeuse, puis rentrai me coucher. Sur le trajet du retour, un Paris vide accentua au volant cette sensation d'accélération fiévreuse, de dérapage vertigineux qui me gagnait progressivement depuis quelques jours. "Quel effet cela fait d'être tonton ?" m'avait-on demandé quelques mois auparavant, alors même que l'enfant à naître n'était guère plus qu'un concept se concrétisant lentement dans le ventre de sa mère. Cela va plus changer la vie de ma sœur que la mienne avais-je répondu, laconique et sarcastique pour démontrer une soi-disant personnalité d'acier. Mon détachement s'était délité à mesure que l'enfant grandissait : force était de constater, lorsque je plaçai mon téléphone mobile sur ma table de chevet, poussant le volume de sonnerie au maximum pour être réveillé si besoin est, que perturbé, je l'étais. En particulier, j'ignorais quelle allait être ma réaction à la première vue de cet enfant ; plus exactement, si j'allais pouvoir retenir mes larmes, le serrer contre mon cœur et m'enfuir avec lui. Malgré mon excitation, malgré mes retournements nerveux dans le lit, malgré ce gouffre qui s'ouvrait dans ma poitrine, je m'assoupis.

Une brève sonnerie interrompit un sommeil opaque. Soupirant, je pressai le bouton de mon réveil d'une main aveugle et me rendormis. J'étais père d'un nouveau-né violacé emmitouflé dans un pyjama bleu, immobile, silencieux et sans mère. Sur une station d'autoroute, je regardai les gens flous passer, quêtant du regard de l'aide sans en obtenir. L'enfant ne m'indiquait par aucun pleur s'il avait faim et quand le nourrir. J'étais totalement désemparé, démuni, une solitude sans fond écrasait mes épaules et mon cœur. A une heure incertaine, j'émis l'hypothèse qu'il avait mangé depuis trop longtemps et remplis un biberon de croquettes Friskies. Je présentai la tétine à ses lèvres immuables. L'enfant dormait, impassible, dans un état de faiblesse si prononcé que sa poitrine peinait à se soulever. Impuissant, oublié, j'assistais, déchiré, à son agonie.
Invité à l'anniversaire d'amis perdus, je traversai le pont enjambant l'autoroute. La coursive étant un labyrinthe aux passages étroits, entravés de tourniquets et de miroirs déformants. Je dus abandonner la poussette pour prendre l'enfant dans mes bras maladroits. De l'autre côté, la nuit encrait un paysage post-apocalyptique : je progressai entre des immeubles insalubres, parmi des bandes en guenilles se réchauffant autour de foyers allumés dans des bidons rouillés.
Je rejoignis ces amis et leur cohorte d'invités ; ils organisaient la visite de leur appartement juché au dernier étage d'un bâtiment en ruines, près à tout moment à s'effondrer. Après une attente interminable dans la file longeant un escalier en colimaçon vermoulu, je jetai un rapide coup d'œil au duplex avant de m'éclipser. Dehors, un repas chinois était servi dans des paillotes au bord de la plage. Les convives prenaient place dans un brouhaha festif couvrant le ressac sur des bancs de bois clair, autour de longues tables basses rectangulaires. Cherchant du regard des connaissances, avançant vers tel groupe, puis vers tel autre, sans cesse me ravisant, je demeurai bientôt seul, debout, tandis que tous mangeaient allègrement. Je me rendis alors compte qu'il ne restait plus aucune place assise. Je m'éloignai dans une direction imprécise, ne sachant où aller, portant mon enfant mourant dans les bras.

Je me réveillai dans un sursaut, comprenant que la sonnerie n'était pas le fait de mon réveil mais de mon téléphone, tétanisé par un désespoir sans borne qui balayait tout mon être comme un vent rugissant. J'allumai, m'emparai de l'engin et lus le message reçu à 03:57:43. "Samuel est né à 2h16. 3kg270 il est trop cool."
Mon réveil affichait 4 heures : à peine trois minutes s'étaient écoulées depuis la réception. Le nouveau tonton que j'étais n'avait pas besoin d'un psychothérapeute chevronné pour décrypter son rêve.

Le lendemain soir, je me rendis à l'hôpital pour voir ma sœur, son mari et rendre hommage à leur fils. Je pénétrai dans une chambre sobre où m'avaient précédé d'autres membres de la famille. Après les félicitations d'usage, je m'approchai la gorge serrée de Samuel, petit homme âgé de vingt heures à peine. Ses bras se secouaient de convulsions faibles et sur son visage écarlate et fripé, des paupières boursouflées baillaient sur des yeux d'une fixité aveugle. Ses minuscules narines inhalaient et exhalaient de l'air depuis moins d'une journée. Tout en lui participait au spectacle émouvant et hypnotisant de l'absolue vulnérabilité d'un nouveau-né. Les gémissements plaintifs, tenant plus de l'animal que de l'humain, caressaient et déchiraient mon âme en même temps.

Son père osait à peine le prendre dans ses bras et je vis là l'écho lointain de mon cauchemar. Je me rendis à l'évidence : je pensais être le seul à ne pas savoir comment prendre soin d'un être si fragile, alors que les plus proches parents rencontraient la même difficulté : celle de la nouveauté. La vie entière de ce couple avait basculé de manière irrémédiable dans la parenté, pour l'heure encore balbutiante, et je partageais leur vertige. La sensation tenace d'irréalité s'accentua encore lorsque j'entendis dans la bouche de ma sœur, ma grande sœur, ma petite sœur, des paroles de mère. Calme-toi mon chéri.

Je pris de nombreuses photos et restai de longues minutes médusé devant cet enfant qui n'avait rien de commun avec les autres : c'était le fils de ma sœur. L'amour filial, irraisonné et viscéral, opérait. C'était en cette minute inexplicable mon fils.

Bien que partageant la joie pure des parents, le vent rugit à nouveau, non pas le vent du désespoir, mais celui de la désolation : je mesurai tout ce qui me séparait du moment où je caresserai ainsi mon propre enfant.
Chassant d'un effort de volonté des larmes inconvenantes, je pris congé : il me fallait m'éloigner.
 
 
Repost 0
Published by Joël Bloch - dans Humeur
commenter cet article

Qui suis-je ?

"J'étais celui qui avait plusieurs visages. Pendant les réunions, j'étais sérieux, enthousiaste et convaincu ; désinvolte et taquin en compagnie des copains ; laborieusement cynique et sophistiqué avec Marketa ; et quand j'étais seul (quand je pensais à Marketa), j'étais humble et troublé comme un collégien. Ce dernier visage était-il le vrai ? Non. Tous étaient vrais : je n'avais pas, à l'instar des hypocrites, un visage authentique et d'autres faux. J'avais plusieurs visages parce que j'étais jeune et que je ne savais pas moi-même qui j'étais et qui je voulais être."

Milan Kundera, La plaisanterie



"Si tu étais une particule, tu serais un électron : tu es petit et négatif."


Grégory Olocco



"Tu es un petit être contrefait simplement réduit à ses fonctions vitales."


Vincent Méli